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A Marseille, des journalistes déclament l’actualité sur scène


Mediavivant entend donner au public le goût de l’actualité en la présentant sous forme de spectacle vivant. Premier essai avec un article consacré à la chute de Marioupol.

Debout sur scène, un journaliste raconte la chute de la ville ukrainienne de Marioupol, des habitants ayant fui les combats viennent témoigner : un nouveau média marseillais, Mediavivant, souhaite réconcilier le public avec l’actualité en la présentant sous forme de spectacle vivant .

L’association a présenté jeudi son premier « objet vivant» au restaurant Les Grandes Tables de la Friche la Belle de Mai, une fabrique de cigarettes transformée en espace culturel dans le 3e arrondissement de Marseille, l’un des plus pauvres de la ville. Dans la salle, un public venu pour l’événement et des clients du restaurant.

« C’est important de parler de cette guerre, permettre au public de rencontrer les témoins les rend plus vivants et réels »

Laurent Geslin, journaliste

Spécialiste de l’Europe de l’Est, le journaliste Laurent Geslin déclame son article écrit pour Médiapart en mai, lorsque la ville portuaire de Marioupol, stratégique en raison de son accès à la mer d’Azov, tombe, après trois mois de siège, aux mains de l’armée russe qui envahit l’Ukraine. Des survivants de cette ville industrielle interviennent également sur scène pour raconter leur histoire. « C’est important de parler de cette guerre, permettre au public de rencontrer les témoins les rend plus vivants et réels», explique le journaliste à l’AFP.

Parmi eux, un couple d’étudiants aujourd’hui réfugiés en Bretagne racontent leur survie à Marioupol après le bombardement du théâtre qui a servi de refuge à de nombreux civils, les plats dans la neige et les feux de camp pour cuisiner, puis leur évasion, à pied pendant trente km. L’historien Thomas Chopard, directeur général du Centre d’études franco-russes de Paris, parle de Marioupol avant-guerre, ville multiculturelle aux liens privilégiés avec la Russie. « Je me suis préparé comme pour une interview radio», confie-t-il, ravi de pouvoir mettre ses connaissances directement au service du public.

Jean-Baptiste Mouttet, journaliste indépendant depuis quinze ans, a eu l’idée de ce nouveau média, créé en 2021. D’autres initiatives similaires existaient déjà, comme Live Magazine, un « journal vivant » représenté dans les salles parisiennes qui s’exporte à Bruxelles, Milan ou Amsterdam. Mediavivant cherche à toucher un public plus large, ceuxqui ne se sentent pas autorisés à ouvrir un journal » Où « qui se méfient ou se distancient des journalistes», en intervenant dans les quartiers populaires de Marseille et les communes rurales environnantes. Le prix d’entrée est libre.

Selon la dernière édition du baromètre de confiance des Français dans les médias du journal La Croixles Français s’intéressent de moins en moins à l’actualité, notamment les jeunes : 62 % des sondés déclarent s’intéresser à l’actualité en 2022, contre 76 % en 2015.

« Transmettre une émotion »

La scène « permet une certaine pédagogie, montrer les sources d’information, transmettre une émotion… Notre objectif est de faire connaître l’événement», soutient M. Mouttet. « Les premiers publics vont être des gens dits « super-informés »», qui sont déjà habitués aux médias, reconnaît-il. Dans l’assistance se trouvent également de nombreux journalistes ainsi que des amis des membres de l’association déjà attentifs à l’actualité. « Ça m’a touché et ça m’a donné envie de creuser le sujet de la guerre en Ukraine», réagit Louise Jeandet, une chercheuse venue par hasard après avoir reçu un flyer faisant la promotion de l’événement dans un bar. Elle aurait aimé « que nous parlons plus en détail de l’histoire de chaque témoin« .

« Pour moi, c’est plus un travail de mémoire que de journalisme», estime Laurine Sezerat, une autre spectatrice présente au départ uniquement pour passer une soirée entre amis au restaurant. Parallèlement, Jean-Baptiste Mouttet étend son initiative aux écoles, en proposant aux élèves d’un lycée d’Aix-en-Provence des ateliers d’éducation aux médias. Objectif : créer leur propre article vivant. Elle prévoit également de traiter de sujets plus sensibles, où les journalistes doivent, par exemple, protéger leurs sources. « Nous n’interdisons vraiment rien», assure-t-il, mais «faire monter sur scène des victimes de pédophilie, par exemple, on sait que ce serait beaucoup plus difficile« . Mediavivant promet des représentations tous les deuxièmes mercredis du mois : le prochain aura lieu dans le troisième lieu La Fabulerie à Marseille et aura pour thème les proches des victimes de règlements de compte.

Le 1er juillet, l’association a testé une première production, une adaptation de l’enquête publiée sur Mediapart Marseille 1943 : autopsie d’un crime contre les quartiers populaires.

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