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Au festival de Marrakech, le savoureux mélange de la jeunesse et des stars


REPORTAGE – Que ce soit pour Paul Schrader ou Neil Jordan dans les soirées de gala ou pour les cinéastes débutants en compétition, les projections du festival marocain regorgent d’étudiants et d’amateurs du septième art.

De notre journaliste à Marrakech,

Donner de la visibilité aux réalisateurs débutants, former les cinéphiles marocains et africains et les cinéastes de demain. C’est le credo du Festival International du Film de Marrakech. De retour après deux ans d’absence liée à la pandémie, l’événement, qui s’achève ce samedi, a retrouvé ses habitués. Du côté des stars, qui se sont rencontrées et ont donné leurs interviews au palace La Mamounia, elles ont défilé sur le tapis rouge Isabelle Huppert, Julie Delpy, Julia Ducournau, Jeremy Irons, Gabriel Yared. Les spectateurs et les amoureux du septième art n’étaient pas en reste.

Du Palais des Congrès au musée Yves Saint-Laurent, en passant par le cinéma historique Colisée et les projections publiques sur la grande place Jemaa el-Fna, les projections ont fait salle comble. Les étudiants ont fourni le contingent le plus dévoué. Les étudiants des filières audiovisuel et cinéma de la ville ont même profité de leur semaine libre pour rencontrer des cinéastes de renom, invités à parler de leur carrière, comme le Suédois Ruben Ostlund, deux fois palmé, l’Américain James Gray…

Le public était au rendez-vous pour découvrir les dernières oeuvres des maîtres Guillermo del Toro (Pinocchio ), Paul Schrader (Maître jardinier avec Sigourney Weaver), Neil Jordan (Marlowe avec Liam Neeson) uniquement pour se faire une idée des longs métrages en compétition, signés par de jeunes inconnus prometteurs. Le festival de Marrakech décerne en effet ses prix aux premières et deuxièmes œuvres.

La compétition acclamée et les favoris

Lors de la projection du jeudi de Le sommeil du riziculteur d’Anthony Shim, les spectateurs, très désireux de discuter après coup avec le cinéaste, ont eu plusieurs fois en bouche le mot de chef-d’œuvre pour désigner ce récit semi-autobiographique d’un petit garçon sud-coréen émigré à Vancouver et sujet aux moqueries de ses camarades. Reniant ses racines à l’adolescence et s’opposant à sa mère veuve qui l’élève seule, il aura l’opportunité de rencontrer enfin sa famille paternelle. À proximité Minari sur la façon d’aborder les questions d’intégration et d’identité nord-américaines, Le sommeil du riziculteur, déjà primé à Toronto, refuse le regard d’un enfant pour poser le regard lucide et hargneux d’un adolescent. Pas de tentation pour un happy end avec Shim, qui conclut son film par un cri qui hante longtemps les mémoires.

Avec souliers rouges, Carlos Eichelmann Kaiser braque les projecteurs sur la violence de la société mexicaine. A travers les féminicides et la lutte d’un père en disgrâce pour offrir une sépulture à sa fille, avec qui il n’a jamais pu se réconcilier. De ses montagnes reculées, le fermier manchot arrive dans la grande ville et monte au premier rang pour observer les gangs, l’administration kafkaïenne dans ce western silencieux, à la lumière des néons et des couloirs d’hôtel miteux.

Souvent cité dans les conversations des festivaliers, Autobiographie de Makbul Mubarak suit un villageois indonésien recruté par un ancien officier de la junte. L’ex-soldat souhaite que le lycéen le joue dans le téléfilm biographique qu’il espère tourner. Ces trois films et onze autres sont en lice samedi pour l’Étoile d’or, qui sera décernée par le jury présidé par le cinéaste italien Paolo Sorrentino. L’un de ses jurés, l’acteur français Tahar Rahim a déclaré au Figaro se réjouir de cette plongée dans l’univers des auteurs, obligés d’être extrêmement inventifs et poétiques, compte tenu des limites que leur impose leur manque de moyens.

Cercle vertueux

Le festival du film de Marrakech est également apprécié par les milliers d’écoliers invités aux projections jeunesse. C’est pour la plupart d’entre eux, qui regardent des films sur les plateformes ou la télévision familiale, leur première fois dans une pièce sombre. Mercredi matin, les professeurs de l’établissement Abdelmalek Essaadi dépensaient l’énergie de leurs élèves en leur faisant faire de grands mouvements de mains et de bras pour les inciter à garder le silence pendant les 72 minutes du conte animé. Dounia et la princesse d’Alep sur la fuite vers l’Europe d’une jeune fille syrienne déplacée par la guerre. Malgré la barrière de la langue – le film est en français pour un jeune public arabophone – les enfants étaient sous le charme de ce grand « tableau » (alias l’écran) et accompagnaient en rythme les chansons du film. Un petit garçon a remarqué, fasciné, que le grand-père de l’héroïne ressemblait au sien.

Les organisateurs s’attachent également à faire émerger une nouvelle génération d’artistes. Lancé il y a cinq ans, le programme Les Ateliers de l’Atlas réunit des scénaristes, réalisateurs et documentaristes du continent africain. Ils travaillent sur leur premier à troisième film avec des distributeurs, producteurs et réalisateurs confirmés. Ces experts peuvent apporter conseil et réseau à des projets en cours de montage ou encore en phase de développement. Sur les 270 propositions soumises au réalisateur Thibaut Bracq, 23 ont été retenues. Sept gagnants se partageront 106 000 euros de prix.

La section a fait ses preuves. Plus de 350 consultations ont été réalisées lors de cette édition dans le serein Country Club de Beldi. Co-scénariste de la série Oussekine Lina Soualem a pu montrer les rushes de son documentaire familial autobiographique Au revoir Tibériade à l’éditeur césarisé de Tombouctou Nadia Ben Rachid. Elle a également obtenu des conseils sur la musique qui rythmeront son enquête. « C’est précieux de pouvoir soumettre sa production à des yeux avertis. Les Ateliers nous permettent également d’approcher les directeurs de festival et de voir qui peut être intéressé, où concentrer nos efforts», souligne le jeune auteur de 32 ans.

Plusieurs anciens lauréats ont brillé dans les sections parallèles de Cannes, de la Mostra ou de Sundance comme plumes du réalisateur égyptien Omar El Zohairy, lauréat de la Semaine de la critique en 2021. Un cercle vertueux que le Festival de Marrakech entend poursuivre.

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