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Avant la Coupe du monde, la Seine-Saint-Denis s’attaque aux paris sportifs


Le département a lancé une campagne de prévention qui met en lumière les dangers des paris sportifs en ligne.

« Gros pari, grosse perte, gros tracas», «Retour à la daronne» : les slogans marquent les esprits. A quelques jours du début de la Coupe du monde de football au Qatar, le département de la Seine-Saint-Denis a décidé de sensibiliser aux dangers des paris sportifs en ligne, en détournant les slogans d’un des principaux acteurs du marché. , Winamax. Une campagne de prévention a ainsi été lancée lundi par le conseil départemental sur les réseaux sociaux, structurée autour de ces deux phrases chocs. Il sera également affiché sur les abribus du département »un peu plus tard lors du Mondial», on le sait, ainsi que dans d’autres lieux publics.

Le moment n’a pas été choisi au hasard. Si le marché des paris sportifs en ligne n’a cessé de croître ces dernières années, c’est lors des grands rendez-vous footballistiques que les mises explosent. La Coupe du monde au Qatar, qui commence dimanche, « sera celle de tous les excès, et aussi de l’explosion des paris sur internet», anticipe Stéphane Troussel, président (PS) du conseil départemental de Seine-Saint-Denis. Celle-ci se base sur les prévisions de l’Autorité nationale des jeux (ANJ), selon lesquelles au moins 530 millions d’euros devraient être misés en ligne lors de la Coupe du monde 2022. C’est 44 % de plus que lors de la précédente Coupe du monde. monde en 2018 et 22% de plus que lors de l’Euro 2021.

Ce n’est pas non plus un hasard si cette initiative a été lancée en Seine-Saint-Denis. « Force est de constater que les campagnes publicitaires très agressives des opérateurs utilisent des slogans, un vocabulaire, des images, des visuels qui peuvent être ceux des quartiers populaires, des jeunes», précise Stéphane Troussel. Autrement dit, ces opérateurs, Winamax, Unibet ou Betclic en tête, ciblent des catégories de population particulièrement vulnérables et omniprésentes en Seine-Saint-Denis, »département le plus jeune et le plus populaire de France métropolitaine», estime Stéphane Troussel.

« Je n’accepte pas qu’on fasse comprendre aux habitants, et aux jeunes en particulier, qu’on pourrait améliorer notre situation en misant beaucoup d’argent», critique-t-il. Alors que certains parieurs expérimentés parviennent à gagner de l’argent grâce à cette activité, voire à en vivre, les pertes sont beaucoup plus fréquentes, et croissantes. Selon l’ANJ, en 2021, ils ont atteint 1,3 milliard d’euros, soit 40 % de plus qu’en 2020. »Un jeune joueur sur quatre a emprunté de l’argent ou vendu un objet pour continuer à jouer», ajoute Stéphane Troussel, reprenant un résultat d’une enquête réalisée en 2021 par l’association SEDAP (Société d’entraide et d’action psychologique) pour l’ANJ. Le risque d’addiction est également présent, préviennent depuis longtemps les psychologues.

Si la campagne du département a un objectif de prévention, elle vise plus largement à mettre un coup de projecteur sur les pratiques des opérateurs de paris en ligne, et à exiger une réglementation plus stricte. « Par rapport aux autres pays européens, la France a une législation très laxiste dans ce domaine», précise Stéphane Troussel. L’élu départemental cite les exemples de l’Italie, qui a interdit toute publicité dans ce domaine, de l’Espagne, qui l’a interdite sur internet et limitée à la télévision et à la radio, ou encore du Royaume-Uni, qui interdit aux sportifs de haut niveau et aux influenceurs de associant leur nom à des marques de ce secteur.

« Mettre cette jungle en ordre »

Au-delà de la publicité, Stéphane Troussel réclame une réglementation mondiale, notamment sur les offres de bienvenue ou les jeux d’argent pour les mineurs, pourtant interdits mais répandus – plus d’un tiers des 15-17 ans interrogés en 2021 disent avoir déjà parié. « Face à ces opérateurs sans foi ni loi, il faut mettre de l’ordre dans cette jungle», estime Stéphane Troussel. Des entreprises puissantes d’ailleurs, puisque la campagne du département a été refusée par une affiche, présente dans deux centres commerciaux de Seine-Saint-Denis, au motif qu’il avait un contrat avec Winamax, relate le socialiste.

Ce dernier s’apprête à écrire aux parlementaires pour les inviter à se saisir du sujet. « Je suis convaincu que, vu l’écho de notre campagne, les parlementaires se saisiront de la question», confie, optimiste, l’élu. D’autant que l’ANJ a également lancé lundi sa propre campagne de prévention, baptisée «Tu as vu, tu as perdu», qui se décline sur des affiches et dans un morceau de rap.

Les engagements récents des opérateurs en faveur d’un « publicité digitale responsable» ne semblent pas suffisants pour Stéphane Troussel. A travers une charte signée la semaine dernière, sous l’égide de l’ANJ, tous les opérateurs de jeux d’argent autorisés en France se sont engagés à limiter «pression publicitaire sur tous les supports de communication (télévision, radio, affichage et numérique) et renforcer la protection des mineurs et des publics à risque« .

Ne diffusez pas deux messages publicitaires à la suite et ne faites pas appel à des influenceurs qui ont un « audience supérieure ou égale à 16% dans la tranche d’âge 13-17 ansfont partie des mesures recommandées. Dernière preuve de la pression grandissante sur le secteur, Arcom (ex-CSA) a récemment étendu aux plateformes de streaming et de replay les règles régissant la publicité audiovisuelle pour les paris sportifs.

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