Skip to content
Canopée gagnante pour « David et Jonathan »


Vue de la chapelle royale restaurée. © Château de Versailles / Thomas Garnier

CRITIQUE – La tragédie biblique de Charpentier a trouvé une caisse d’écho idéale dans la chapelle royale de Versailles.

Culminant à dix mètres dans l’abside, au niveau du David sculpté du grand orgue, le spectaculaire dais des décorateurs Antoine et Roland Fontaine attire le regard et attise la curiosité. Six mois de travail ont été nécessaires au père et à son fils pour créer cette structure dont le rouge carmin, rehaussé d’or, évoque la passion du Christ et la tragédie de David et Jonathan.

Des deux héros du Livre de Samuel, dont l’amitié fut brisée par la jalousie guerrière du roi Saül, Marc-Antoine Charpentier dessina en 1688 l’un des plus puissants opéras-oratorios français de l’époque baroque : David et Jonathan. Où combats, invocations, triomphes et danses le disputent à l’intimité de lamentations dont les affects vous transpercent le cœur à chaque souffle. C’est ce miracle d’équilibre entre art sacré et opéra que le château de Versailles avait décidé de représenter jusqu’à dimanche dans l’écrin de sa Chapelle royale.

Une première pour l’édifice de Jules Hardouin-Mansart, toujours consacré, qui n’avait encore jamais fait l’objet d’une mise en scène d’opéra. Pourtant, comment ne pas penser, au terme des deux heures et demie du spectacle à la fois intimiste et puissamment théâtral du metteur en scène Marshall Pynkoski, que le lieu, à Versailles, était le cadre idéal pour le drame de Charpentier ? S’ouvrant solennellement sur les premières notes du prologue, le dais aux épais drapés de velours dévoile une structure éphémère dont les voûtes et les escaliers épousent le chœur de la chapelle. Il faut tout de même tout le génie du concepteur lumière Hervé Gary pour transformer ces piliers de fortune en champ de bataille, enfer ou verte prairie, jouant avec les dorures et la pierre blanche. À l’exception d’un Pythonisse carnavalesque (savoureuse incarnation de François-Olivier Jean) et des danseurs criards du prologue, Pynkoski et sa chorégraphe Jeannette Lajeunesse Zingg évitent les excès visuels. Signer des peintures soignées et respectueuses du lieu. Porté par les costumes souvent d’une élégance sublime de Christian Lacroix. Et la présence scénique des chanteurs.

Nuances chirurgicales

Côté solistes, Reinoud Van Mechelen brille dans David. Son comptoir haut droit et lumineux est un enchantement à chaque intervention. On se souviendra longtemps de sa mélodie finale, avec un « Hélas ! bouleverser ton cœur et ton chœur, même s’ils étaient en pierre. Dans Jonathas, Caroline Arnaud, malgré une scène à 1,30 mètre, peine à passer les numéros imposants de l’ensemble Marguerite-Louise. Mais sa grande aria de l’acte IV (« Y a-t-il déjà eu une peine plus sévère ? ») serre les tripes. Surtout accompagné d’une telle finesse (cantabile de la viole de gambe de Robin Pharo, suavité de la flûte de Jean Bregnac, charisme du théorbe d’Étienne Galletier). Au chœur, grand ou petit (précision et homogénéité faite de la voix), l’orchestre de Gaëtan Jarry, vif, coloré, chirurgical dans les nuances, a été l’atout maître de cette expérimentation musicale et théâtrale : jamais sec. Retenir juste ce qu’il faut pour compenser la réverbération. Drame sacré, qui doit maintenant s’envoler pour Potsdam. On espère le revoir régulièrement sous les ors de la Chapelle Royale. Chaque année pour la semaine sainte ?

lefigaro – divertissement

Toutes les actualités du site n'expriment pas le point de vue du site, mais nous transmettons cette actualité automatiquement et la traduisons grâce à une technologie programmatique sur le site et non à partir d'un éditeur humain.