Divertissement

Ces poètes oubliés : Louisa Paulin

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LA CHRONIQUE – Simple, ponctuée de sensations, son écriture dessine avec délicatesse et tendresse l’Occitanie, sa terre d’adoption.

« Je passe ici, sur ces collines, de longues heures d’immobilité et de silence et de bonheur infini, un bonheur lent et rare dont personne ne voudrait plus maintenant et qui donne à ma vie un charme unique. » Dans ses propres mots datés du 21 novembre 1925, Louisa Paulin révèle sa propension à savourer le goût du quotidien, indissociable d’un éloge intime et lyrique de la campagne.

Née en 1888 dans le village tarnais de Réalmont, au cœur d’un environnement rural où l’on parle la langue d’oc, la jeune Louisa commence à apprendre le français à l’âge de sept ans. Élève brillante, douée d’une sensibilité exacerbée, rêveuse et silencieuse, elle devient rapidement institutrice et débute, en 1907, comme institutrice dans différentes villes du Tarn.

Je rêve d’un temps où l’on ne pourrait pas vendre des poèmes, mais les donner, comme les fleurs des champs que chacun peut cueillir

Louisa Paulin, dans une note autobiographique

Entre 1908 et 1912 se succèdent des événements qui marqueront profondément sa vie intérieure : mariée tôt avec enthousiasme, elle perd ses trois jeunes enfants et divorce à vingt-quatre ans. Elle intègre l’enseignement primaire supérieur de Tulle, et s’installe pendant dix-huit ans dans le Limousin dont les paysages faits de châtaigniers, de genêts et de bruyères vont l’inspirer. Les premiers essais et récits écrits en français sont publiés en 1928, dans La vie en limousine, revue locale. Louisa Paulin exalte sa terre d’adoption, dans la lignée de la tradition littéraire du régionalisme.

En 1930, elle retourne dans le Tarn. Sa santé se détériore : atteinte de neuropathie amyloïde, elle est contrainte à une retraite prématurée en 1932. Elle décide alors de retourner dans son village natal. Commence alors une période d’activité littéraire fructueuse : ses poèmes, publiés en Lo Gay Sabre – revue culturelle occitane – lui vaut deux prix décernés par l’Académie des Jeux floraux, respectivement en 1937 et 1938. Airs villageoispublié en 1938, a été couronné du prix de poésie de la revue littéraire Mouette. Désireuse d’apprendre à écrire en occitan, sa langue maternelle, elle voit paraître ses premiers textes en langue d’oc entre 1940 et 1942, notamment Sorgas, La Ronde des Morts et Fresque. A partir de 1942, la cécité l’amène à dicter ses derniers poèmes ainsi que ses lettres à des amis venus lui rendre visite. Elle décède deux ans plus tard à Réalmont.

De son propre aveu, Louisa Paulin a précisé, dans une note autobiographique, qu’elle avait toujours «  rêvé d’écrire […] avec les mots de tous, avec les mots de tous les jours, usés, mais riches de leur éternelle charge de misères et de joies. Simple, ponctuée de sensations, son écriture capte avec délicatesse et tendresse l’humble réalité du terroir. C’est en chantant la nature campagnarde que Louisa Paulin célèbre en filigrane la vie, avec ses plaisirs mais aussi ses peines.

C’est ainsi qu’on peut la considérer comme une poétesse du le bonheur malgré tout qui parvient à retrouver souffle dans la douleur : loin de s’orienter vers une littérature des ténèbres, Louisa Paulin puise, dans les peines infligées par la vie, un élan vital vers des moments de bonheur simple et un imaginaire proche des regards enfantins. C’est cet élan qui rend une telle écriture salvatrice admirable.


Deux textes de Louisa Paulin : « Quelqu’un»

Quelqu’un avec un doigt léger m’a touché l’épaule…
Je me suis retourné mais il s’était enfui :
Peut-être que tu es celui à qui je ne m’attendais plus
et dont la mémoire confuse
trouble encore parfois le miroir de mes rêves ?

Ou
l’ange gardien de mon âme d’enfant
tandis que résonnait dans les jardins du printemps
le doux éclat de nos deux rires ?
J’ai parfois froissé tes ailes dans nos jeux,
ailes blanches avec reflet bleu
comme le jour de l’enfance.
Viens-tu comme avant, mets mes pieds fatigués
sur l’échelle divine où palpitaient les anges ?
Nous l’avons senti vibrer d’amour pur sous nos doigts,
mais c’était le bon vieux temps…

Ou
es-tu juste
celui que j’attends chaque jour,
le malade silencieux,
avec le tranchant de ta faux
caché derrière votre épaule? …
Est-ce en ce soir d’automne
et dans sa fragile beauté
qu’il faut partir pour le voyage incertain ?
Ô Mère du sommeil, prends-moi par la main,
ne faisons pas de bruit et ne dérangeons personne,
partons comme une feuille en automne.

(Octobre 1943)

rêve lointain

Mon Dieu, qu’il sera doux d’être une vieille dame
avec des cheveux blancs très flous,
avec des robes de gris mauve
comme les pigeons de septembre,
aux joues légèrement ridées
comme les roses de novembre
dans le jardin abandonné.
D’un coeur paisible
et qui ne tremblera plus
comme de l’herbe emportée par le vent.

Mon Dieu, qu’il sera doux d’être une vieille dame,
assis à l’ombre de sa vie,
aux mains fines et pâles
et rejoint sur les souvenirs,
avec des mains lentes et fatiguées
comme deux ailes repliées
sur le pur silence de l’âme.

A lire aussi : « Louisa Paulin (1888-1944) : de la vie à l’œuvre », Marie-Jeanne Verny (Sous la direction de), Vent Terral, 2017.

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