L'Europe

Dans la tempête « Qatargate », le naufrage de l’eurodéputée grecque Eva Kaili

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Mise en examen pour corruption et incarcérée dimanche à Bruxelles, la Grecque Eva Kaili est soupçonnée d’avoir empoché de l’argent du Qatar afin d’influencer les décisions au sein de l’organe législatif de l’Union européenne. Architecte de formation puis journaliste, elle s’est engagée en politique à tout juste 20 ans et était députée européenne depuis 2014, où elle avait été nommée à l’une des vice-présidences il y a à peine un an. Portrait.

Son visage fait la une de la plupart des médias européens. Notamment en Grèce, où Eva Kaili donne matière à réflexion aux journalistes grecs. « L’arrestation d’Eva Kaili », « La prison où est détenue l’eurodéputée grecque », « Qui est le père d’Eva Kaili ? »… Le média de centre gauche To Vima multiplie les articles à son sujet, de son côté, I Kathimeriní , quotidien de centre droit, présente une interview de Louis Colart, le journaliste à l’origine de l’enquête qui a révélé le scandale.

Mais qui est celui dont le nom est désormais associé à « Qatargate » ? Suite aux révélations du quotidien belge Le Soir, l’eurodéputée grecque et vice-présidente du Parlement européen, Eva Kaili, a été inculpée le 11 décembre d’« appartenance à une organisation criminelle, blanchiment d’argent et corruption » au sein du Parlement européen pour au profit du Qatar.

De présentateur à vice-président du Parlement européen

Désormais au cœur de tous les soupçons et emprisonnée, Eva Kaili, née en 1978, est une ancienne militante des Jeunesses socialistes. Après des études d’architecture à Thessalonique (nord), elle devient conseillère municipale à tout juste 20 ans. Son diplôme en poche, elle change de voie, se lance dans des études de relations internationales et européennes et suit des cours de journalisme à Athènes.

Eva Kaili a débuté sa carrière en présentant les journaux du week-end sur la chaîne privée Mega, de 2004 à 2007, avant de se consacrer à la politique, non sans succès. A 29 ans, elle est élue benjamine au parlement grec, au nom du Pasok (ΠΑ.ΣΟ.Κ., mouvement socialiste panhellénique). Un parti dont elle est désormais « licenciée ».


En 2014, elle est élue au Parlement européen. En 2019, elle conserve son siège et devient vice-présidente du corps législatif de l’Union européenne en janvier 2022. Eva Kaili avait été classée, en 2020 et 2021, parmi les eurodéputées les plus influentes par l’organisation BCW.

C’est-à-dire les répercussions du scandale, en Europe et plus encore en Grèce. A la télévision nationale, la chaîne d’information ERTnews – du groupe de diffusion publique Ellinikí Radiofonía Tileórasi – a envoyé ses journalistes recueillir la réaction des habitants de Thessalonique, la deuxième ville de Grèce d’où est originaire Eva Kaili.

L’eurodéputée a grandi dans un immeuble du centre-ville, où vit toujours sa famille. Dans son quartier, la nouvelle de son arrestation et de celle de son père (arrêté à Bruxelles en possession d’une valise pleine de billets) a fait l’effet d’une bombe. « C’était une personne remarquable que nous connaissions, et un homme très bon », confie un habitant, interrogé à l’entrée d’une pharmacie.

Le quartier a encore du mal à croire en son implication dans le scandale qui secoue le Parlement européen. Certains se disent déçus, mais d’autres ne semblent pas surpris : « Pour moi, ce qui s’est passé en Grèce ces dernières années ainsi que les scandales, ce n’est pas tombé du ciel », confie un autre habitant.

Figure controversée à gauche pour sa proximité avec la droite

D’étiquette socialiste, Eva Kaili était loin de faire l’unanimité dans le pays et était devenue une figure controversée au sein même du Pasok, du fait de ses accointances avec la droite. Elle a pris plusieurs fois ses distances avec son parti, notamment lors de la dispute sur le nom du pays frontalier de la Grèce désormais appelé Macédoine du Nord. Eva Kaili s’était positionnée sur la même ligne que le parti conservateur grec (Nouvelle Démocratie) et les franges nationalistes de l’opinion publique, qui estimaient que le nom de Macédoine, région du nord de la Grèce, ne pouvait être donné à un autre pays. « J’ai honte. C’est un dommage irréparable à l’Histoire, à la Macédoine et aux Grecs », a-t-elle tweeté.

En 2019, la députée grecque s’était illustrée en critiquant les aides sociales distribuées par la gauche radicale (Syriza), pour faire face à la crise économique qui avait plongé de nombreux Grecs dans la pauvreté. Eva Kaili avait déclaré que « les indemnités sont pour les paresseux ».

« Bonne chance Eva Kaili. Toi qui disais que les Grecs sont pauvres surtout parce qu’ils sont paresseux », assène un internaute sur Twitter après la découverte du « Qatargate », lui souhaitant « un séjour en prison le plus longtemps possible ».

La veille de son arrestation, le président du Pasok avait estimé que son ancien collègue « agissait comme un cheval de Troie de la Nouvelle Démocratie », la droite au pouvoir. Lui-même eurodéputé, Nikos Androulakis l’accuse, par ailleurs, d’avoir tenté de minimiser l’affaire, qualifiée de « Greek Watergate », qui éclabousse le gouvernement conservateur de Kyriakos Mitsotakis.

Support affiché au Qatar

A Bruxelles, Eva Kaili faisait partie de la délégation visant à développer les relations de l’UE avec les pays du Golfe. C’est dans ce cadre qu’elle s’est rendue au Qatar début novembre, peu avant le lancement de la Coupe du monde de football.

Dimanche, le parquet fédéral belge a précisé dans le cadre de l’enquête qu’un « pays du Golfe » est « soupçonné d’influencer les décisions économiques et politiques du Parlement européen en « versant des sommes importantes ou en offrant des cadeaux importants à des tiers avec une position politique ou stratégique significative ». Tout cela en échange de la valorisation de son image à l’international.

Arrêtée en flagrant délit, Eva Kaili n’a pas pu invoquer l’immunité parlementaire. Lorsqu’elle a été interpellée vendredi soir, elle était en possession de « sacs de billets », et son père a lui-même été surpris en train de transporter de l’argent liquide « dans une valise », rapporte la presse belge.

Fin novembre, quelques jours après le début de la Coupe du monde 2022 organisée par le Qatar, critiquée de toutes parts en raison de soupçons de corruption et de bafouement des droits des travailleurs étrangers, Eva Kaili a pris la parole pour défendre l’émirat gazier. à la tribune. du Parlement européen. Elle l’avait notamment qualifié de « chef de file en droit du travail » tout en ironisant sur les soupçons de corruption entourant l’attribution de la compétition sportive phare.


Trois semaines plus tôt, sur place, elle avait déjà salué, en présence du ministre qatari du Travail, Ali bin Samikh Al-Marri, les réformes de l’émirat en matière de droit du travail.

>> « C’est une main-d’oeuvre jetable » : l’enfer des travailleurs migrants au Qatar


« Connaissant la morale et la personnalité de ma sœur, je ne peux pas croire que les accusations et les intentions qui leur sont attribuées correspondent à la réalité », écrit l’eurodéputée Madalena, dans un communiqué relayé par plusieurs médias grecs, ajoutant vivre une passe très douloureuse face aux accusations qui lui sont imputées. De son côté, le Qatar nie toutes les accusations.

Sur les réseaux sociaux, rares sont les messages de soutien. Sous la dernière publication retweetée le 9 décembre par Eva Kaili, qui porte le hashtag #HumanRights (droits humains), les commentaires acerbes se multiplient. « Vous êtes la honte du pays », « on vous a cru et on a voté pour vous (…) J’aimerais que tout cela soit faux », écrit un internaute grec sur le réseau social. Et un autre de lui répondre : « Tu es mort si tu crois qu’elle n’est pas coupable, si tu n’avais pas compris qu’elle est l’une des plus grosses pourritures, et qu’elle ne s’est pas occupée de la politique européenne que de se gaver de subventions ».



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