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Dans Le Petit Nicolas, toutes les blessures de ses auteurs, Sempé et Goscinny


Un film d’animation, prévu pour cet automne, raconte le processus créatif de ce petit héros qui traverse les générations.

Un gamin battu, emmené à Paris avec ses croquis sous le bras, et un globe-trotter exilé pour échapper à la Shoah : pour René Goscinny comme pour Jean-Jacques Sempé, décédé jeudi, créant Le petit Nicolas était un moyen de panser les blessures d’une enfance cabossée.

Hasard du calendrier, le processus créatif à l’origine du plus célèbre des petits écoliers, héros incontournable de la littérature jeunesse, et désormais doublement orphelin, après la mort jeudi de Sempé, est au cœur d’un film d’animation qui doit sortir en salles le 12 octobre. Le Petit Nicolas, qu’attendons-nous pour être heureux ?pour lequel les réalisateurs Amandine Fredon et Benjamin Massoubre ont rencontré Sempé avant sa mort, a remporté le Cristal d’Or au Festival du film d’animation d’Annecy en juin.

Loin de la France idéalisée des années 1950 retracée dans leurs œuvres communes, elle montre comment les deux hommes se sont inspirés de leurs blessures intimes pour créer le petit garçon espiègle, meilleur ami de générations de lecteurs et vendu à 15 millions d’exemplaires. . Lorsqu’il rencontre Sempé dans le Paris des années 1950, Goscinny est un jeune homme qui lui a déjà roulé sur la tête : il part très jeune en Argentine avec ses parents pour fuir la Shoah, il erre ensuite entre les Etats-Unis où il rêve de travailler avec Walt Disney, et a notamment rencontré Morris, le créateur de Lucky Luke, et France.

Sempé est un gamin d’une famille populaire bordelaise, battu par son beau-père et parti à Paris pour tenter sa chance. L’amour du dessin n’est donc pas la seule chose qui lie les deux jeunes hommes.

La création de Petit Nicolas, « c’est une histoire de résilience, de deux mecs qui se sont fait voler leur enfance, l’un par la Shoah et l’autre par un beau-père violent, et qui vont créer cette enfance de rêve. du Petit Nicolas », a expliqué à l’AFP Benjamin Massoubre, l’un des co-réalisateurs, lors du Festival d’Annecy. Le film montre ces deux personnalités complices, crayon à la main, tantôt chez elles, tantôt à la terrasse d’un café : « Goscinny, très loin de son image de franchouillard en chaussons, est un globe-trotter », Sempé amoureux du jazz et de la musique.

Les premières esquisses, le choix du prénom, presque au hasard, grâce à une publicité pour le caviste Nicolas… Le film retrace la genèse de ce qui deviendra l’un des ouvrages les plus lus du patrimoine français. Les réalisateurs, qui ont travaillé main dans la main avec la fille de René Goscinny, Anne, ont pu utiliser les archives des artistes. Et recréer fidèlement le trait élégant de Jean-Jacques Sempé, qu’il a fallu adapter à l’écran, un défi.

« Pour être fidèle à son univers, nous sommes partis de ses dessins et nous avons fait des fiches : restaurants, bars, parcs, arbres », pour constituer une base de données dans laquelle puisaient les designers, explique Amandine Fredon, l’autre directrice. « C’est très dur de faire du Sempé », reconnaît le cinéaste. Mais le pari est réussi : le film, désormais en forme d’adieu, permettra aux spectateurs de s’asseoir comme s’ils étaient là à la table où Jean-Jacques Sempé, crayon à la main, a créé ce petit garçon qui a tant parlé à l’enfant malheureux qu’il avait été.


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