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Elèves handicapés : une rentrée confisquée




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Ventres un peu noués, reste de chocolat chaud au coin de la figure, figés pour l’éternité sur la photo pour les grands-parents, près de treize millions d’élèves et apprenti·es font leur rentrée. Y compris celles et ceux ayant un handicap, moteur ou physique, puisque l’école se veut de plus en plus « inclusif ». Le ministre de l’éducation Pap Ndiaye a d’ailleurs fait sienne cette promesse fort optimiste d’une « scolarisation de qualité pour tous, y compris pour les élèves en situation de handicap », lors de ses divers discours de rentrée.

Pap Ndiaye choisissez de voir le verre à moitié plein, vantant le recrutement de 4 000 accompagnants d’élèves en situation de handicap (les AESH) supplémentaires, ainsi que l’ouverture de plusieurs nouvelles unités spécialisées à l’intérieur des écoles, comme les classes Ulis, qui vont permettre à 430 000 élèves d’entrer ou de rester à l’école, soit 6 % de plus qu’il y a cinq ans.

Sur quel nombre d’enfants porteurs de handicap au total et pour combien qui restent exclus du système ? Mystère. Le chiffre est absent de la documentation pourtant très abondante mise à disposition par l’Éducation nationale pour cette rentrée. Interrogé par Mediapart sur le sujet, le ministère des solidarités et de l’autonomie et des personnes handicapées ne nous a pas donné davantage d’informations. « La France a un réel problème de données statistiques sur le handicap, il est impossible de répondre réellement à cette question aujourd’hui, c’est un vrai souci »confirme Marie-Pierre Toubhans, présidente de la commission éducation du CNCPH (Conseil national consultatif des personnes handicapées).

La fédération Unapei, se basant sur les quelque 8 000 enfants accompagnés par ses 330 associations, a livré il y a une semaine un tableau bien plus catastrophique que celui du ministre. Selon l’association, 18 % d’entre eux n’ont aucune heure de scolarisation par semaine, et seulement 27 % bénéficient de douze heures ou plus par semaine.

Il faudrait passer la frontière pour aller à Genève dans le privé, mais on n’a pas les moyens.

La Défenseure des droits a supprimé le clou, lundi 29 août 2022, s’alarmant qu’en 2021 20 % des saisines relatives aux droits de l’enfant concernaient « des difficultés d’accès à l’éducation d’enfants en situation de handicap ». Claire Hédon déplore ainsi que « la gestion des ressources humaines prévale – une nouvelle fois – sur l’intérêt supérieur de l’enfant » et pointe « l’absence de formation spécialisée des enseignants et accompagnants » ainsi que le manque « d’infrastructures accessibles »des programmes scolaires et des salles de classe inadaptées.

Rue de Ségur, à quelques mètres du ministère des solidarités, de l’autonomie et des personnes handicapées, lundi 29 août, les jeunes parents Sindy Doucet et Adrien Mazit brandissent leur pancarte en forme de slogan : « Lucy, 6 ans, en attente d’IME depuis trois ans ». L’institut médico-éducatif le plus proche de chez eux, en Haute-Savoie, n’offre que 41 places. « Il faut passer la frontière pour aller à Genève dans le privé, mais on n’a pas les moyens », raconte Sindy. Résultat, la fillette souffrant d’un handicap mental et moteur va redoubler sa dernière année de maternelle, et ne va pas à l’école que le matin, accompagnée d’une AESH. « Elle rate beaucoup de choses, ne progresse pas car l’école classique n’est pas adaptée à ses besoins », racontent ses parents.

Dans une classe Ulis d’un collège lyonnais, en juin 2020. © Photo Antoine Merlet / Hans Lucas via AFP

mediapart

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