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Elizabeth II : régner est son travail


Chef des forces armées britanniques, la reine Elizabeth II passe en revue la garde PA Photos/ABACAPRESS.COM

NUMÉRO SPÉCIAL (4/9) – Rigoureuse et sérieuse, la reine d’Angleterre prend à cœur son rôle de monarque. Mais les ragots n’ont pas tardé à se moquer de son air raide.

Réveillée par la femme de chambre comme chaque matin avec une tasse de thé et un jus d’orange, Elizabeth lit les journaux. « Damné!La reine tomba sur un article annonçant que Philip Kinghorn Burbidge, membre de la League of Empire Loyalists, avait été condamné à une amende de vingt shillings pour avoir giflé Lord Altrincham. Ce dernier, début août, s’en est pris à Sa Majesté dans la revue que son père, Edward Grigg, anobli en 1945, avait dirigée. Entre autres courtoisies, l’impertinent avait comparé Elisabeth à une « pionnier de l’internat« . Sir John trouve la voix de la reine insupportable et ses discours, prononcés sans l’ombre d’une émotion, insipides.

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« Damné! Damné! Damné!« Elizabeth sait que de nombreux membres de la haute société, qui la trouvent étouffante, démodée, froide comme un concombre, ricaneront encore à cette condamnation, comme tout ce qui se fait au Royaume-Uni, au nom de Sa Majesté. Elle ne peut ni protester ni répondre aux critiques. Il n’a qu’une fonction : régner. Elizabeth le fait depuis cinq ans. Au début, les éloges ne manquaient pas pour le sérieux et la ponctualité qu’elle apportait à l’exercice de ce qu’elle appelait elle-même son métier. Chaque jour, dès dix heures du matin, elle retournait à son bureau, une vaste pièce qui avait été le salon de sa mère et où elle avait fait déplacer le bureau de George VI, pour se soumettre à toutes ses obligations. Comme un métronome ?

Elle a rejoint le duc d’Édimbourg pour le petit-déjeuner dans la salle à manger privée. Philip a son visage des mauvais jours. Il a probablement déjà viré un valet trop zélé. Philippe ne supporte pas les domestiques qui s’affairent autour de lui comme autant de taons ! Comme s’il ne pouvait pas se servir un verre ! Ou décrochez le téléphone pour appeler votre chauffeur ! Il a froissé de nombreuses sensibilités au palais ainsi que dans les propriétés royales dont il entend rationaliser la gestion. Président de toutes sortes d’associations, amiral de la Royal Navy et maréchal de la Royal Air Force, le duc débordait d’activités, mais aucune ne le satisfaisait et il fulminait souvent : «  Ici, je ne suis qu’un microbe, une amibe ! »
Philippe aurait aimé être associé aux activités de la reine. Mais Elizabeth a défendu ses prérogatives. Car elle a très vite compris que si elle cédait même sur le libre accès à son bureau, les fougueux s’y installeraient définitivement et finiraient par exiger d’assister aux entretiens que la souveraine a tous les mardis avec le Premier ministre. Ils sont strictement confidentiels, tout comme les documents qui arrivent chaque jour dans le «  boîtes rouges du 10 Downing Street.

Année après année, la tension monte. Inquiète pour sa sœur qui, depuis qu’elle a renoncé à épouser Peter Townsend, coule comme un navire démâté, Elizabeth n’a rien dit lorsque Philip a décidé de se lancer dans une tournée à travers le Commonwealth en octobre 1956. Toute une joyeuse compagnie, menée par son ami et écuyer Michael Parker, l’a escorté. La presse étrangère fait état de problèmes au sein du couple royal et parle même de farces, mais les journaux britanniques ne s’engagent pas dans cette voie.

Elizabeth, cependant, a dû supporter des regards faussement apitoyés et des chuchotements humiliants. Elle a fait face. Et s’est ancrée dans son travail. Il la fascine. D’autant plus que Sir Winston Churchill, qui resta son Premier ministre jusqu’en 1955, a su lui expliquer sa grandeur et ses contraintes. La reine n’a que trois droits : être consultée, encourager, avertir. Tout près d’ici «  Lion elle a appris à s’en contenter. Et de les utiliser.

En avalant des œufs et du bacon, le duc d’Édimbourg grommela. Elizabeth lui parle de l’affaire Altrincham. Il fulmine déjà. «  Sacré baronnet ! La reine sourit. Passée sa propre fureur, elle eut le temps de réfléchir pendant qu’elle prenait son bain. N’étant pas une femme à tourner autour de son ego, elle veut corriger les intonations de sa voix, essayer d’être plus chaleureuse en public, pour ne jamais être traitée comme «  pionnier de l’internat « . Presque timidement, elle demande à Philippe de l’aider. De l’autre côté de la table ovale, le duc d’Edimbourg lui tendit la main.

Cet article est extrait de Figaro Hors-Série « Elisabeth II, La Dernière Reine ».

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