Divertissement

Emancipation, le film contre l’esclavage avec Will Smith, risque le camouflet

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Film de guerre sur la quête de liberté d’un esclave afro-américain, Émancipation doit sortir la semaine prochaine sur Apple TV +. Le film réalisé par Antoine Fuqua a également bénéficié d’une sortie limitée dans quelques salles américaines. AppleTV+

La star est la tête d’affiche d’un long métrage consacré à l’histoire d’un célèbre esclave américain. Ostracisé d’Hollywood depuis sa claque aux Oscars, l’acteur pourrait cependant servir le titre.

C’était censé être un film poignant sur la fuite d’un esclave à travers les marais de la Louisiane, mais avant sa sortie, Émancipation porte une étiquette inattendue : c’est le premier film de Will Smith depuis sa claque aux Oscars. Ce qui inquiète son directeur, Antoine Fuqua.

Les professionnels d’Hollywood misaient plutôt sur un report à cause du scandale, mais Apple, qui produit le long-métrage, a décidé de le sortir ce week-end sur les écrans américains, malgré les craintes d’un éventuel boycott du public.

« Je suis très inquiet à ce sujet »a confié à l’AFP Antoine Fuqua, qui espère que le message de son film ne sera pas englouti par le parfum de soufre qui entoure son acteur principal. « J’espère qu’on aura assez de compassion (…) pour au moins aller voir le travail qu’il a fourni, car son travail dans le film est extraordinaire »ajoute le réalisateur.

Une étoile en disgrâce

Avant de choquer le monde en giflant le comédien Chris Rock sur la scène des Oscars à cause d’une blague douteuse sur la perte de cheveux de sa femme, Will Smith a conquis Hollywood depuis les années 1990 et « est un homme bon, devant nous tous, depuis 37 ans »se souvient le cinéaste.

Émancipation s’inspire de l’histoire de « Whipped Peter », un esclave noir dont la postérité se souviendra pour les traitements barbares que lui infligent ses maîtres, avant qu’il ne s’évade d’une plantation de coton pendant la guerre civile américaine. Des photos de son dos, entièrement lacéré par les coups de fouet, sont entrées dans l’histoire comme une preuve indélébile de la brutalité de l’esclavage.

Will Smith incarne ce personnage échappant aux griffes des maîtres cruels, et dont Antoine Fuqua imagine la fuite à travers les marécages poisseux de la Louisiane, remplis d’alligators, serpents et autres dangers. Le réalisateur filme cette quête de liberté comme un thriller à suspense, plus qu’un drame historique, et montre de front les sévices infligés aux esclaves. Brutales, les scènes de violence rappellent celles du film multi-oscarisé 12 ans d’esclavage .

Will est un bon gars, je le soutiens.

Antoine Fuqua, réalisateur

La performance de Will Smith est indéniable, mais de nombreux critiques se demandent si le retour de l’acteur sur les écrans est prématuré, huit mois seulement après sa claque. Banni des Oscars pendant 10 ans après avoir lui-même démissionné de l’Académie, l’ancien Prince de Bel-Air peut en théorie encore être nominé et gagner une statuette. La sortie deÉmancipation en décembre permet également à Apple de soumettre son film aux Oscars.

Will Smith, qui s’est publiquement excusé, « avait tort » s’emballer lors des derniers Oscars, insiste Antoine Fuqua, en espérant qu’il se réconcilie avec Chris Rock loin des projecteurs. « Will est un mec bien, je le soutiens »a ajouté le réalisateur, soulignant que l’acteur « ne s’est jamais plaint » lors du difficile tournage du film, dans les marécages de la Louisiane.

Un film politique

Le cinéaste insiste sur le besoin impérieux de sortir Émancipationà l’heure où les enjeux mémoriels autour de l’esclavage suscitent de multiples tensions aux États-Unis. « Il y a des discussions pour ne pas enseigner l’esclavage dans certaines écoles (…), comme s’ils voulaient effacer le passé »s’indigne Antoine Fuqua.

Le Parti républicain s’est fermement opposé aux réformes qui envisageaient de changer la façon dont l’esclavage était enseigné et de lutter contre le racisme systémique. Les enfants américains ne devraient pas « apprendre que notre pays est mauvais par nature »estimait l’an dernier le patron des conservateurs au Sénat, Mitch McConnell, et d’autres parlementaires.

Antoine Fuqua dresse un parallèle entre cette résistance et les clichés de « Whipped Peter », qui étaient nécessaires pour faire taire les voix qui tentaient de minimiser les horreurs commises au nom de l’esclavage à la fin du XIXe siècle.e siècle. « C’est pourquoi il est si important de garder les musées ouverts, de garder toutes ces choses en vie.il juge. Beaucoup d’enfants ne savent même pas ce qu’est l’esclavage. »

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