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En montagne, le débat est ouvert sur un avenir sans neige et sans ski


Le 23 septembre 2021, Frédi Meignan et Alexandre Maulin se sont vérifiés. Cela ne vous contrarie pas forcément, mais dans les colonnes du Dauphiné libéré, elle a été comparée à la poignée de main entre Yitzhak Rabin et Yasser Arafat à la Maison Blanche. M. Meignan en tirait quelque fierté, mais le reste de l’histoire ne lui échappait pas : « Là, ça n’a pas forcément bien marché. « 

Devant les photographes, l’habit fait le moine. Frédi Meignan, t-shirt, pantalon outdoor orange fluo, cheveux en bataille : il dirige l’antenne française de Mountain Wilderness, une ONG de protection de la montagne. Alexandre Maulin, veste sombre aux coudières crème, écharpe chic, barbe taillée : président des Domaines skiables de France, qui regroupe les exploitants de remontées mécaniques.

Chacun dormirait plus paisiblement si l’autre n’existait pas. M. Maulin incarne les aménageurs de la montagne et l’industrie du ski alpin, M. Meignan un mouvement plus hétéroclite de défenseurs de son côté sauvage. L’un construit des téléphériques pour transporter les skieurs, l’autre démonte les remontées mécaniques rouillées des stations où le ski a disparu. « Ce ne sont pas deux mondes qui s’ignoraient, puisqu’on se retrouve de toute façon régulièrement devant les tribunaux », rigole Frédi Meignan. D’où l’importance historique qu’on a donnée, dans les Alpes, à ce banal « chèque », et à l’événement qui l’a donné lieu : les États généraux de la transition du tourisme de montagne, réunissant des militants, des universitaires, des élus et l’industrie du ski. Une semaine plus tard, M. Meignan participait à une table ronde au Congrès des Domaines skiables de France où,  » il y a quelques années, [il aurait] des œufs attrapés au visage ”.

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Quelque chose se passe dans le domaine de l’or blanc. Une ligne est ouverte entre l’industrie du ski alpin et ceux qui veulent se préparer à l’extinction de cette source miraculeuse. Au terme de deux jours d’échanges, relayés par des ateliers où, dans chaque territoire, élus, associations et opérateurs touristiques se sont retrouvés, une déclaration commune a été signée. Suffisamment vague pour être partagée par les militants de Mountain Wilderness et les constructeurs de domaines skiables, mais la promesse d’une suite néanmoins.

Laurent Wauquiez, premier supporter de la filière ski

D’où vient ce réchauffement relatif ? Sur la conscience environnementale des fabricants de skis et leur état d’esprit constructif, explique Alexandre Maulin. Du sentiment d’être une citadelle assiégée, corrige Frédi Meignan. Selon lui, les aménageurs auraient pris conscience de leur fragilité face aux crises, d’un changement culturel et sociétal dans les vallées, manifesté par la poussée du vote vert dans les grandes métropoles de montagne. Les écologistes sont aux commandes des plus grandes villes des Alpes – Grenoble, Annecy, voire Lyon et Genève, et associés aux socialistes à Chambéry. Le plan gouvernemental « Avenir montagnes », très insistant sur la transition, et les critères d’investissement de la Banque des Territoires et du Crédit Agricole des Savoie, partenaires financiers majeurs du tourisme de montagne, témoignent également d’un nouveau regard sur des acteurs peu suspects de radicalisme écologique.

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