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Jean-Luc Godard ou le cinéma tout seul


En 1997, lors du Festival de Cannes, le réalisateur de Mépris était venu présenter deux chapitres deHistoire(s) du cinéma. Lors d’une conférence de presse, il a livré certaines de ses réflexions à un parterre de journalistes.

Au Festival de Cannes, Jean-Luc Godard était à la fois chez lui et toujours à l’écart. En 1997, il vient présenter Histoire(s) du cinéma dans la rubrique Un Certain Regard. Le sulfureux cinéaste franco-suisse s’est alors plié à l’exercice de la conférence de presse. Flanqué de son producteur Nicolas Seydoux, de Gaumont, il avait livré devant un parterre pourvu de journalistes quelques-unes de ses réflexions. Des retrouvailles à l’esprit exotique en quelques pièces choisies.

histoires

« Quand j’étais petite, on me disait : « Ne raconte pas d’histoires ». Depuis que j’ai commencé à faire des films, les gens me disaient : « Tu ne sais pas raconter des histoires »… Histoire(s) du cinéma est une manière de faire le point sur mon histoire dans l’histoire du cinéma que j’accompagne depuis quarante ans. Le cinéma est le seul à pouvoir parler de l’Histoire, de la « grande Histoire », comme on dit, avec sa propre histoire. Il n’y a pas d’histoire de la peinture par la peinture, pas d’histoire de la musique dans la musique. Ce que je voulais faire, naïvement, c’était que le cinéma parle, selon les mots de Paul Valéry, « à voix basse, en disant de grandes choses, des choses fortes et douces ». A travers le cinéma, que j’explore de manière un peu archéologique, on peut essayer de retrouver le fil de l’histoire.

Cinéma

« Le cinéma voulait être tout. Il y a une envie mondiale de cinéma. Le producteur allemand Erich Pommer a déclaré : « Je ferai pleurer le monde entier dans sa chaise ». Gallimard n’a jamais dit cela. Il ne pouvait pas être tout, mais il était quelque chose. Certains peuples, à certaines époques, se sont reconnus dans l’image du monde renvoyée par les cinéastes. Le néoréalisme italien a représenté le changement d’une vision du monde. L’Italie a péché, mais parce que les Rossellini de Rome, ville ouverte a pu admettre cette misère, il y a eu comme une rédemption, elle a revécu.

Un film est un moment ou un morceau de cinéma, tout comme un homme est un moment ou un morceau d’humanité.

Films

« Un film est un moment ou un morceau de cinéma, tout comme un homme est un moment ou un morceau d’humanité. Presque tous les pays font des films, peuvent avoir de grands cinéastes. Mais tout le monde n’a pas de cinéma. Il y a un cinéma allemand, russe, américain, voire français, parce qu’il y avait tellement de cinéastes français qui aimaient le cinéma que ça a fini par se faire une idée du cinéma. Mais en Angleterre, par exemple, il y a des films, pas de cinéma. Les Anglais se reconnaissent dans Shakespeare et Dickens, pas dans les productions de Rank.

Succès commercial

« Le cinquième élément par Luc Besson (produit par Nicolas Seydoux, comme le film de Godard, ndlr) parvient à gagner de l’argent, ce qui ne m’est pas arrivé souvent. Je ne peux pas croire que je peux vivre avec des films qui n’apportent rien. Sauf à mon producteur. Il y a des films qui marchent, mais d’un point de vue strictement comptable, le cinéma dans son ensemble n’est pas fait pour marcher. À l’exception de Naissance d’une nation, qui fut à la fois un succès artistique et un succès financier, il n’y a pas de relation entre la qualité et le chiffre d’affaires. Les Américains l’ont toujours admis, mais sur ce point ils se laissent influencer par les Européens. Et les Européens, quand un film rapporte beaucoup d’argent, ils veulent aussi qu’on dise qu’il est bon.

Bon film

« Un bon film est un film dans lequel il y a des découvertes. C’est le même processus qu’avec les scientifiques : on a des instruments similaires, des microscopes, des télescopes, pour observer la réalité, et en comparant les données on voit un fait inattendu. Ce que le cinéma a apporté, c’est le montage : établir un lien entre deux choses réelles. C’est un art pacifique : il est fait pour rassembler les gens.

Technique

« Je ne m’intéressais à la technique que pour arriver au contenu. Effets spéciaux, effets spéciaux, c’est bien dedans La belle et la bête, parce qu’ils ont du sens. je me suis amusé le deuxième terminateur, mais dans l’ensemble j’aimerais que ce genre de films soit plus enfantin et moins enfantin. Le cinéma a cette originalité par rapport à la littérature ou à la peinture qui se fait avec des machines. Mais on n’a pas fait attention à ce rapport à la machine, et c’est devenu inhumain.

bâtons de marche

« Je me souviens d’une époque où je transportais les bobines d’un court-métrage de Jacques Rozier, Blue Jeans. Je suis tombé sur Jack Nicholson qui transportait également des bobines de film. Eh bien, nous ne voyons plus cela. Ni les grands combats comme il y en a eu Aventure.»

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