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« J’étais un mauvais lycéen mais un bon lecteur »


Sabyl Ghoussoub succède à Clara Dupont-Monod, lauréate du Goncourt des lycéens 2021. DAMIEN MEYER/AFP

INTERVIEW – L’auteur vient de remporter le prix Goncourt des lycéens pour son livre, autobiographique, Beyrouth-sur-Seine(Inventaire).

LE FIGARO. – Vous avez été couronné par des lycéens. Qu’est-ce que ça fait d’être choisi par de jeunes lecteurs plutôt que par un jury d’écrivains ?

Sabyl GHOUSSOUB. – Je suis très heureux, surtout pour mes parents. Je me dis que les lycéens sont peut-être moins influencés ; ils ont une lecture plus sensible, plus directe de ce qui est écrit. Il y a quelque chose de sincère dans leur vote qui m’émeut. Je raconte l’histoire de mes parents exilés de la guerre du Liban. Cette histoire est personnelle mais elle touche beaucoup de monde. L’histoire de l’exil est l’histoire du monde. Que l’on soit exilé à cause d’une guerre ou d’une crise économique, cela parle à tout le monde. Comme c’est l’histoire d’un fils qui raconte à ses parents, j’imagine que les lycéens y ont été sensibles.

Beyrouth-sur-Seine vient du surnom donné à Paris dans les années 80, quand il y avait des dizaines de journaux libanais publiés. De nos jours, cette histoire, comme celle du Liban et de ses guerres, reste méconnue en France.

C’est une histoire méconnue comme beaucoup d’histoires de guerre qui ont poussé des gens à s’exiler en France ou ailleurs. Nous ne pouvons pas connaître toutes les guerres qui ont eu lieu au cours des quarante dernières années. Pensez à celui en Syrie, peu de gens savent ce qui s’est passé et pourtant c’est d’une grande actualité. La littérature permet de découvrir ces autres guerres. Aussi, je suis heureuse que mon livre éclaire la guerre du Liban et cette histoire de l’exil. Aujourd’hui, la situation du pays est dramatique entre la crise économique, l’explosion du port de Beyrouth… Malheureusement, ce qui fleurissait à l’époque l’est moins aujourd’hui, mais on entend toujours parler d’artistes libanais, ceux du pays comme ceux de la diaspora : Amin Maalouf, Wajdi Mouawad, Nadine Labaki… Ils portent encore la voix d’un certain espoir pour ce pays. J’ose espérer que mon livre en fait partie.

« C’était difficile d’écrire sur ma famille mais c’était un super exercice »

Vous avez choisi de mêler la grande histoire à la petite histoire en écrivant sur votre famille. A-t-elle lu ce livre ?

Oui, sauf ma mère. Elle a lu quelques pages, mais elle m’a dit que c’était trop dur pour elle de se souvenir de tout ça. Mais elle redécouvre mon livre grâce aux messages qu’elle reçoit d’amis. Mon père en est fier, me dit-il. Mon petit cousin au Liban sait très peu de choses sur ce que notre famille a vécu. Avec ce livre, c’est comme si des portes s’ouvraient. J’ai été surpris de voir comment la guerre du Liban a rattrapé mes parents en France. La salve d’attentats à Paris, la prise d’otage que ma mère a vécue rue Marbeuf… C’était comme une fatalité. Ils avaient fui la guerre, loin des bombes et leur histoire les rattrapait. C’était difficile d’écrire sur ma famille, mais c’était un excellent exercice.

Comment s’est passé le contact avec les lycéens ?

C’était incroyable. En discutant avec des lycéens, j’ai eu envie de m’intéresser au Liban autrement qu’à travers la littérature ; ils m’ont donné envie d’y aller, d’y faire des choses. Ils m’ont donné un regard frais et jeune sur ce pays.

Quel lecteur étiez-vous pendant vos années de lycée ?

J’étais un mauvais lycéen mais un bon lecteur. J’ai lu beaucoup d’essais, j’ai essayé de comprendre la société française, ce que c’était d’être arabe. J’ai regardé beaucoup de films; c’est le cinéma qui m’a amené à la littérature. J’ai été marqué par Nanni Moretti, Elia Suleiman, Emir Kusturica. Je suis arrivé en retard aux romans. J’ai beaucoup aimé Christophe Donner, Vassilis Alexakis, mais aussi Romain Gary, Ernest Hemingway et pendant ma vingtaine, Etel Adnan.

Vous avez un livre en cours ?

J’ai plusieurs livres en tête sur lesquels je travaillais avant d’être sur la liste du Goncourt. Le prochain ne traitera pas vraiment du Liban, sinon très peu. J’y reviendrai peut-être dans le prochain livre, mais à travers la vie d’un personnage historique.

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