Skip to content
La France fait « trop ​​peu » dans la lutte contre les violences obstétricales et gynécologiques

Dans le sillage du mouvement #MeToo, une vague de témoignages poignants de femmes a déferlé en France dénonçant des cas de harcèlement ou d’abus sexuels auxquels elles ont dû faire face en maternité ou chez le gynécologue. Alors qu’une enquête pour viol a été ouverte contre un célèbre pratiquant parisien, quels moyens sont mis en œuvre pour lutter contre les mauvais traitements ? L’enquête France 24.

Dans un océan de banderoles violettes, l’une des couleurs utilisées par les militantes pour symboliser la loyauté et la dignité, des dizaines de milliers de personnes ont défilé dans les rues de Paris pour condamner les violences faites aux femmes, samedi 20 novembre.

Parmi elles, Sonia Bisch, fondatrice de « Stop aux violences obstétricales et gynécologiques » (Stop VOG), une association féministe engagée dans la lutte contre les violences obstétricales et gynécologiques, qui appelle à plus d’action gouvernementale. Sa présence dans la marche arrive à un moment critique.

Depuis septembre, sept femmes au total ont déposé plainte contre le célèbre gynécologue parisien Émile Daraï, qui a démissionné de la direction du centre d’endométriose de l’hôpital Tenon le 8 octobre. En plus de ces plaintes, Stop VOG a reçu une avalanche de témoignages de femmes sur les réseaux sociaux.

Mais si une information judiciaire est en cours, peu a été fait pour lutter contre les violences obstétricales et gynécologiques en France.


Illégal

« Le viol n’a pas seulement lieu dans un métro obscur, par un inconnu tenant un couteau », explique Sonia Bisch à France 24. « Il a lieu au sein des familles, des couples et dans des cabinets gynécologiques ou dans des maternités. les médecins eux-mêmes… Malheureusement, la médecine n’est pas exempte de ces choses qui se passent dans la société. »

La violence obstétricale et gynécologique survient lorsqu’un professionnel de la santé adopte des comportements ou des pratiques qui ne sont pas médicalement justifiés ou consentis par la patiente. « Cela peut avoir lieu lors d’un avortement, d’une fécondation in vitro, d’un test de grossesse ou d’un accouchement – et cela peut être physique, psychologique ou verbal », précise Sonia Bisch.

Pour Aurore, 32 ans, cela s’est passé lors de sa toute première visite chez le gynécologue. Elle avait 16 ans et son médecin généraliste lui avait dit de faire examiner son gynécologue car elle avait signalé des irritations. Alors qu’elle était déjà nerveuse à l’idée d’être examinée dans des circonstances aussi intimes, Aurore a été accueillie avec précipitation. « Le gynécologue était visiblement très ennuyé que je n’aie pas vu quelqu’un plus tôt. Quand il est entré dans la pièce, il a dit ‘Bonjour’ et m’a immédiatement dit de me déshabiller », se souvient-elle. .

« J’ai enlevé mon pantalon, je me suis assise sur la table d’examen et j’ai commencé à pleurer », explique-t-elle, se souvenant à quel point elle était effrayée et stressée à l’époque. « Il a commencé et j’ai serré les genoux, je ne voulais pas continuer. Il m’a examiné avec un écouvillon pour prélever un échantillon et a effectué un examen vaginal avec ses doigts. Pendant tout le temps que j’ai pleuré, en secouant la tête, j’ai dit non. Je ne comprenais pas ce qui se passait. Je n’étais pas préparé. « 

Le médecin a continué malgré les tentatives répétées d’Aurore d’arrêter la consultation. Des années plus tard, lorsqu’elle a demandé son dossier, elle a découvert que le médecin avait également effectué une échographie vaginale. « J’étais tellement choquée à l’époque que je n’ai même pas remarqué ce qui se passait », dit-elle. Il s’est avéré qu’Aurore avait une infection simple (infection à levures). Elle n’a réalisé que des années plus tard qu’elle aurait pu se soigner en allant à la pharmacie. Mais plus important encore, elle a compris qu’elle avait été violée.

Selon la loi Kouchner de 2002, les médecins doivent obtenir le consentement des patients avant d’effectuer tout acte médical. S’ils ne le font pas et accomplissent un acte de pénétration sexuelle « par violence, contrainte, menace ou surprise », cet acte est considéré comme un viol en France, selon l’article 222-23 du Code pénal.

Un problème systémique

Des cas de violences obstétricales et gynécologiques ont défrayé la chronique en France en 2014, lorsque des femmes ont utilisé le hashtag (hashtag) #PayeTonUtérus pour dénoncer sur les réseaux sociaux le harcèlement ou les abus sexuels auxquels elles étaient confrontées lors des bilans de santé. santé ou examens.

Trois ans plus tard, Marlène Schiappa, alors secrétaire d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes, commandait un rapport sur ces abus. Le rapport, publié en juin 2018, révèle que les violences commises par les obstétriciens et gynécologues en France étaient bien systémiques et ne se limitaient pas à quelques cas isolés.

Certaines formes d’abus se sont avérées plus courantes que d’autres, telles que la réalisation d’épisiotomies (incision chirurgicale du périnée) sans le consentement de la patiente, la réalisation de points de suture vaginaux sans anesthésie et l’utilisation d’une pression fundique. (pression sur l’utérus) pour accélérer l’accouchement, une pratique fortement déconseillée par la Haute Autorité de Santé (HAS) depuis 2007.

Le rapport a également souligné un mépris général pour la douleur des femmes et un manque de communication sur les actes médicaux. C’est ce qu’a vécu Sandrine*, 40 ans, à la naissance de son deuxième enfant. À mesure que la date d’accouchement approchait et qu’elle n’avait toujours pas de contractions, elle a commencé à consulter régulièrement un nouveau gynécologue pour surveiller sa grossesse.

Lors d’une de ces visites, Sandrine a subi un toucher vaginal douloureux, sans prévenir. « Ça m’a fait très mal », se souvient-elle, sans oublier cette ancienne sage-femme à Paris qui demandait toujours la permission avant d’accomplir cet acte. La gynécologue a ensuite poursuivi son examen et a fait quelque chose que Sandrine « n’a pas du tout aimé ».

«Elle a bougé ses doigts, essayant de retirer quelque chose, mais elle ne me disait pas ce qu’elle faisait… Je ne pouvais vraiment pas supporter la douleur et j’avais l’impression que quelque chose était différent. demandé d’arrêter ce qu’elle faisait et elle a immédiatement arrêté », poursuit-elle. Sandrine a découvert que, sans son accord ni aucune communication, le gynécologue avait tenté de scanner les membranes pour déclencher le travail, puisque le bébé était en retard.

« Je pense que le plus gros problème n’est pas de demander leur accord aux femmes et de ne pas les préparer mentalement à la douleur qu’elles vont ressentir », explique Sandrine, faisant écho aux propos de Sonia Bisch selon lesquels, en 2021, les femmes en France ne devraient pas quitter les cabinets médicaux ou la maternité. les hôpitaux se sentent « torturés ou violés ».

Trop peu, trop tard

Depuis la publication du rapport 2018, le gouvernement français et les autres autorités médicales ont peu fait pour lutter contre les violences obstétricales et gynécologiques. Pire, l’Ordre des médecins, chargé de rédiger le code de déontologie médicale et de traiter les réclamations, a été critiqué en 2019 par la Cour des comptes. Elle a déploré le traitement désastreux des plaintes des patients.

« Trois ans et demi plus tard, il ne s’est rien passé. C’est trop peu. Il y a une charte et c’est tout », précise Sonia Bisch, en référence à la charte de bonnes pratiques éditée par le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) et en réponse aux accusations portées contre Émile Daraï.

France 24 a demandé à Isabelle Héron, présidente de la Fédération nationale des facultés de gynécologie médicale (FNCGM), si l’institution envisageait d’en faire plus. Le médecin a assuré que la charte n’était « qu’une partie de la réponse » et qu’elle consiste à rappeler aux médecins comment réaliser un examen pelvien, en mettant « la notion de consentement au centre de la consultation ». Ce document sera affiché dans les salles d’attente, afin que les patients « sachent que cette charte a été publiée », précise Isabelle Héron.

« Mais surtout », ajoute-t-elle, la meilleure solution est « d’éduquer nos jeunes ».

Pour Sonia Bisch, cela ne suffit pas. « Si la violence pouvait être arrêtée en collant des bouts de papier sur les murs, il n’y aurait pas besoin (d’associations féministes) de faire campagne contre les féminicides. Tout ce qu’on aurait à faire, c’est coller sur les murs. de ne pas tuer leurs ex-femmes », déplore-t-elle.

« Il faut un contrôle des pratiques médicales… Il faut que les professionnels de santé, les étudiants, les policiers et les avocats soient formés en la matière, afin qu’ils comprennent les conséquences de ces violences », poursuit Sonia Bisch. Avant de conclure : « S’exprimer ne suffit pas. Les gens doivent écouter. Quand on n’écoute pas les victimes, c’est comme si elles ne parlaient pas du tout.

* Le prénom a été modifié pour garantir l’anonymat

Adapté de la version originale anglaise de Nicolas Bamba.

Toutes les actualités du site n'expriment pas le point de vue du site, mais nous transmettons cette actualité automatiquement et la traduisons grâce à une technologie programmatique sur le site et non à partir d'un éditeur humain.