L'Europe

La Suède suspendue des conditions imposées à la Turquie pour rejoindre l’OTAN

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Après des décennies passées en marge des alliances militaires, la Suède a pris la décision historique de rejoindre l’OTAN en mai dernier, sur fond d’invasion russe de l’Ukraine. Mais ce qui aurait dû être une formalité s’est transformé en une aventure au long cours, la Turquie profitant de la situation pour influencer la politique suédoise d’accueil des réfugiés kurdes.

Les demandes d’adhésion de la Finlande et de la Suède venaient à peine d’être soumises à l’OTAN que la Turquie posait déjà ses conditions. « Ces pays n’ont pas de position claire et transparente contre les organisations terroristes », avait attaqué le président turc en mai 2022, quelques heures seulement après le dépôt de la demande. Dans le collimateur de Recep Tayyip Erdogan, les quelque 100 000 réfugiés kurdes accueillis par la Suède, certains liés à des groupes classés « organisations terroristes » par la Turquie, comme le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et la Protection du peuple (YPG).

Le président turc a ainsi commencé par exiger de la Suède et de la Finlande qu’elles durcissent leur législation antiterroriste et lèvent l’embargo sur les armes qu’elles imposaient à la Turquie depuis 2019, en représailles à une offensive lancée par le pays. contre le groupe kurde YPG, tout en combattant l’organisation État islamique dans le nord de la Syrie.

Mais ces premières concessions ne suffisent pas : après la signature d’un protocole d’accord en juin, dans lequel la Finlande et la Suède acceptent les grandes lignes des revendications turques, Ankara surenchérit. Une longue liste de « terroristes » a été transmise aux deux pays scandinaves, afin d’exiger l’extradition des réfugiés kurdes qui bénéficient de l’asile en Suède et en Finlande depuis des années, voire des décennies.

>> À lire aussi : « OTAN : qui sont les ‘terroristes’ revendiqués par la Turquie à la Finlande et à la Suède ? »

Entre chantage turc et menace russe

Les revendications se sont alors multipliées : la démission d’un ministre suédois ayant participé il y a dix ans à un parti pro-PKK a été réclamée par la Turquie. L’ambassadeur de Suède a également été convoqué après une émission de télévision moquant Erdogan.

La semaine dernière, le chantage est monté d’un cran. Violant les normes suédoises de respect de la liberté d’expression, la Turquie a demandé au pays d’enquêter sur un rassemblement organisé à Stockholm par un groupe réputé proche du PKK, au cours duquel des slogans anti-Erdogan auraient été proférés. Ankara est allé jusqu’à exiger que les participants soient identifiés.

Des demandes croissantes, qui mettent la Suède dans une situation délicate. Menacé par son grand voisin russe, le petit royaume de dix millions d’habitants doit tenter de faire un clin d’œil à la Turquie pour rejoindre l’OTAN. En effet, il faut l’accord des trente membres de l’Alliance atlantique pour intégrer un nouveau membre et, pour l’instant, seule la Turquie le bloque. Car si la Hongrie n’a pas non plus donné son feu vert, son Premier ministre, Viktor Orban, a promis que ce serait le cas début 2023.

La Suède doit donc s’efforcer de plaire à Ankara sans contredire ses valeurs démocratiques et ses lois. Un exercice d’équilibriste. Stockholm a ainsi accepté en août de livrer l’un des hommes figurant sur la liste « terroriste », tout en assurant que l’extradition relevait d’une procédure judiciaire ordinaire, et n’était en aucun cas liée au chantage exercé par la Turquie.

« Comportement autodestructeur »

Mais les critiques pleuvent sur le gouvernement, accusé de se plier en quatre pour plaire au président Erdogan. « Kristersson doit arrêter de s’humilier face à la Turquie », écrivait début novembre l’éditorialiste Alex Schulman au quotidien suédois Dagens Nyheter, alors que le Premier ministre nouvellement élu venait de consacrer sa première visite d’Etat hors UE à la Turquie.

« Du coup, vendre des armes à la Turquie ne nous pose plus de problème, dénonce le journaliste. Nous n’avons plus de mal à considérer comme tels les groupes étiquetés ‘terroristes’ par la Turquie… mais ça valait le coup ! câlin d’Erdogan, qui a dit ‘Bienvenue à l’OTAN, mon ami !' »

Un résumé sarcastique, puisque le voyage du Premier ministre suédois s’est soldé par un échec : Ulf Kristersson est rentré en Suède sans aucune promesse d’accord turc. « Allons-nous vraiment continuer avec ce comportement autodestructeur ? », s’insurge l’éditorialiste dans son article. « À un moment donné, ne faudrait-il pas demander à notre gouvernement de défendre notre pays et nos valeurs ?

Une stratégie électorale ?

Sa colère est d’autant plus compréhensible que, malgré les efforts de la Suède, il est possible que le blocus de la Turquie dure plusieurs mois. « La Turquie a de nombreuses raisons de brandir la carte de veto », explique Aras Lindh, analyste à l’Institut suédois des affaires internationales, qui souligne l’influence sans précédent de la Turquie sur la Suède dans un article publié en novembre. « Soudain, le pays se retrouve dans une position de négociation favorable. »

Ce chantage permet aussi à Recep Tayyip Erdogan de gagner des points pour la présidentielle, prévue en Turquie en juin prochain. « La Turquie est mal gérée économiquement, poursuit Aras Lindh. Bloquer l’entrée de la Suède dans l’Otan permet à Erdogan de déplacer le débat, en le centrant notamment sur le laxisme des pays européens qui laissent libres les terroristes. se présente comme un leader fort, qui n’a pas peur de leur tenir tête. »

Une analyse partagée par Aron Lund, spécialiste du Moyen-Orient à l’Agence suédoise de recherche pour la défense (FOI) : « Erdogan se présente comme un dirigeant tellement fort et important que les États-Unis, la Russie et de nombreux pays européens doivent composer avec lui ». Le secrétaire général de l’OTAN s’est même rendu en Turquie [début novembre, NDLR] pour supplier Erdogan d’autoriser la Suède à rejoindre l’OTAN. C’est très bon pour sa communication. »

Progrès dans les négociations

Mais la Turquie a beaucoup à gagner en approuvant l’entrée de la Suède et de la Finlande dans l’OTAN, note Aron Lund. «Militairement, il serait important pour la Turquie d’avoir la Suède et la Finlande dans l’OTAN, car leur entrée allongerait considérablement la frontière terrestre entre la Russie et l’OTAN. [Cette entrée] déplacerait le point focal de cette frontière, et les tensions OTAN-Russie qui en résultent, beaucoup, beaucoup plus au nord, loin de la Turquie. »

Selon le spécialiste, Erdogan finira donc sans doute par accepter l’entrée de la Suède dans l’OTAN « à l’approche des élections de juin, ou juste après qu’elles aient eu lieu », à condition que la Suède « cherche à maintenir Erdogan de bonne humeur ». .

Les concessions suédoises semblent également commencer à porter leurs fruits : le ministre suédois des Affaires étrangères a ainsi affirmé mercredi que des « progrès » avaient été réalisés dans ses négociations avec la Turquie. « Nous avons eu une réunion positive hier, et j’ai senti qu’il y avait des progrès, s’est-il félicité avant de se rendre à une réunion de l’Otan. Nous avançons. » Un constat partagé par la diplomatie turque, qui a félicité la « bonne volonté » du gouvernement suédois, ajoutant toutefois attendre plus… « des mesures concrètes ».

Cet article a été traduit et adapté de sa version originale anglaise par Lou Roméo.

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