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le Louvre mène la route de la soie en Asie centrale


D’Alexandre le Grand à Tamerlan, le musée, qui fouille en Ouzbékistan, évoque en plus de 170 objets exceptionnels près de deux millénaires d’échanges et de conflits qui ont façonné ce carrefour de l’Eurasie.

La guerre en Ukraine et l’influence croissante de la Chine ont changé la donne en Asie centrale. Pendant cinq ans à la tête de l’Ouzbékistan, Chavkat Mirzioev épargne les grandes puissances tutélaires tout en s’ouvrant à l’Occident dans l’espoir d’un équilibre durable de paix et de croissance chez lui. Mi-septembre, il a accueilli Xi Jinping et Vladimir Poutine lors d’un sommet régional. Mardi dernier, il était à Paris, signant une batterie d’accords de coopération avec la France.

Puis les deux chefs d’État se sont rendus au Louvre ainsi qu’à l’Institut du monde arabe pour inaugurer deux expositions fer de lance de cette compréhension renforcée. Rappelant l’histoire riche et profonde de la Route de la Soie sur ces oasis d’Eurasie centrale que sont les villes de Samarcande et de Boukhara, elles sont en effet le fruit de dix années de missions archéologiques et de restaurations patrimoniales. menées conjointement. Ou une diplomatie culturelle bien pensée.

Etoile à décor végétal stylisé, Asie Centrale (XIV
e siècle). R.Chipault

Samarcande, Boukhara : ces noms, du moins depuis Marco Polo, sont synonymes de faste et d’aventure, d’échanges pacifiques comme de conflits. On croise autant de marchands de longue date que de conquérants qui se sont taillés à coups de sabre quelques-uns des plus grands empires jamais formés : Alexandre le Grand, Gengis Khan, Tamerlan… Quant aux religions, même si la république laïque d’Ouzbékistan est aujourd’hui Peuplés à 90% de sunnites, ils se sont constamment côtoyés ici.

Animisme, zoroastrisme, manichéisme, bouddhisme, nestorianisme, judaïsme : on les traverse avant même l’arrivée de l’islam. Comment faire entrer cette densité, ces influences, grecque, iranienne, chinoise, indienne, steppique, et cette longue histoire de près de deux millénaires dans les espaces modestes du niveau inférieur de la galerie Richelieu (240 m²) ? Réponse : en ne présentant que des objets exceptionnels, parfaitement éloquents.

Vestiges polychromes

Parmi les 170 sélectionnées par Yannick Lintz, ancien directeur du département des arts de l’Islam au Louvre et qui vient de prendre les rênes du musée Guimet des arts asiatiques, la plus ancienne est une sculpture serpentine découverte dans la vallée de Ferghana (frontière est). Il remonte au IIIe millénaire avant notre ère. Suivez celles évoquant la Bactriane des Anciens. Au IIIe siècle, les routes caravanières sont déjà bien développées, gouvernées entre les montagnes du Pamir et la mer d’Aral par une multitude d’États-oasis empreints d’hellénisme. Les princes de la dynastie Kushan qui les détiennent faisaient modeler leurs effigies ainsi que celles de leurs divinités en argile. On découvre ces vestiges polychromes et parfois monumentaux, extraits depuis les années 1970 des sites de Dalverzine-Tépé et de Kaltchayan, puis patiemment reconstitués et restaurés par une équipe franco-ouzbèke.

Les grands empires voisins ont très tôt évoqué ces oasis comme partenaires de la géopolitique internationale

Rocco Rante, archéologue du Louvre et conservateur scientifique

L’un de ces princes Kushan porte un bonnet pointu comme guide de couronne. Il ressemble au bouffon du cirque Medrano représenté par Picasso. Mais ne rions pas trop vite : « Les grands empires voisins ont très tôt évoqué ces oasis comme partenaires de la géopolitique internationale », se souvient l’un des neuf archéologues et conservateur scientifique du Louvre, Rocco Rante. Un constat qui vaut évidemment autant aujourd’hui qu’avant.

Tête de prince, 2
e-3
e siècle, site de Dalverzin Tepe (Bactria). Andreï Arakelyan

La culture Kushan, qui a laissé des trésors d’or et des palais couverts de fresques, a été suivie par vagues par la nébuleuse des Huns. Ces nomades se transforment rapidement en aristocrates des principautés, ayant l’œil et la main sur les convois incessants de textiles, de papier, d’épices, de pigments, bientôt de porcelaine et de poudre. Nous vivons sous les auspices du dieu de la soie, personnage que l’on découvre dans un panneau votif du VIIe siècle. Non loin de là, une fourchette-cuillère pliable, dénichée par Rocco Rante, donne une idée de la modernité et de l’adaptabilité de ces groupes marchands.

miniatures délicates

Sur un mur, les panneaux de bois brûlé d’une des portes de Kafir Kala, une citadelle ravagée par Gengis Khan en 1220 et miraculeusement retrouvée en 2018, sont bien plus que du charbon. On distingue la déesse primaire de l’amour au centre de sa cour. Avec elle, l’Inde et ses mille croyances ne sont plus très loin. Qui jouxtent le sceau en cristal de roche de Mani, le fondateur du manichéisme (IIIe siècle, prêt du cabinet des médailles de la BnF). A proximité également, le célèbre linceul de Saint Josse conservé au Louvre, témoigne qu’au Moyen Age sous nos latitudes, on pouvait enterrer un saint breton dans une étoffe brodée d’éléphants, de dragons et d’inscriptions en arabe, tant au goût des produits orientaux était alors puissant.

L’arrivée de l’Islam est surtout marquée par la présence de pages d’un des Corans les plus anciens et les plus vénérés (celui de Katta Langar, lui aussi restauré par une équipe franco-ouzbèke). Et son apogée est évoquée en images ou avec des pièces de décoration des plus somptueux mausolées, médersas et minarets, tous resplendissants de leur peau de céramique émaillée polychrome (XIVe– XVIIee des siècles).

Chandelier au nom de Timur Leng (1396-1397), Mausolée de Khoja Ahmed Yasavi, Turkestan. Musée du Louvre

Dans les vitrines adjacentes, des livres, prêtés par la BnF (du manuscrit d’Avicenne au livre des merveilles de Marco Polo) enchanteront les bibliophiles. D’autres, de l’Institut d’études orientales de Tachkent ou de la British Library de Londres, sont ouverts aux délicates miniatures de style persan. On voit même Gengis Khan sur son trône. Le parcours se termine à l’ouverture, avec deux des portes incrustées d’ivoire du mausolée de Tamerlan. Grâce aux spécialistes français qui les ont choyés, ils quittent Samarcande pour la première fois.

« Splendeurs des oasis d’Ouzbékistan », jusqu’au 6 mars 2023 au Louvre. Catalogue El Viso, 320 pages, 39 €. Tél. : 01 40 20 53 17.

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