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Le musée des Oscars révèle des films afro-américains oubliés dans l’histoire du cinéma


A Los Angeles, l’exposition Régénération : Black Cinema 1898-1971 revient sur les moments clés de l’histoire méconnue du cinéma noir américain, et notamment les centaines de longs métrages indépendants réalisés jusqu’aux années 1960.

Bien avant Denzel Washington ou Spike Lee, des générations de réalisateurs noirs pionniers et révolutionnaires ont façonné le cinéma américain et cherché à combattre les stéréotypes, montre, jusqu’au 9 avril, une exposition au musée des Oscars de Los Angeles.

Régénération : Black Cinema 1898-1971 revient sur les moments clés de l’histoire méconnue du cinéma noir américain, et notamment les centaines de longs métrages indépendants réalisés jusqu’aux années 1960 avec des acteurs afro-américains pour un public afro-américain, appelés « films de course», alors que la ségrégation raciale était encore en vigueur dans les chambres. L’exposition, qui met en lumière ces œuvres largement ignorées par les grands studios et le public hollywoodiens de l’époque, s’ouvre sur une bobine récemment redécouverte de 1898 montrant deux acteurs noirs de vaudeville enlacés. « Êtes-vous prêt à entendre ce secret ? Que nous, les Noirs, avons toujours été présents dans le cinéma américain, depuis le début», lance la réalisatrice Ava DuVernay, lors d’une conférence de presse. « Présenter non pas comme des caricatures ou des stéréotypes mais comme des créateurs, des producteurs, des pionniers et des spectateurs enthousiastes« , Elle ajoute. « Nous aurions dû le montrer bien avant.»

« Régénérationest la deuxième grande exposition temporaire du musée oscarisé de l’Académie des arts et des sciences du cinéma, qui a fait l’objet de vives critiques ces dernières années pour son manque de diversité. Parmi les objets exposés pêle-mêle : l’Oscar de Sidney Poitier, le premier Afro-Américain à remporter la prestigieuse statuette du meilleur acteur en 1964 pour Lys des champsles claquettes du duo de danseurs les Nicholas Brothers ou encore un costume porté par Sammy Davis Jr dans le film Porgy and Bess.

Bande annonce Lys des champs

« J’ai été surpris car je n’étais pas au courant de l’existence de ces longs métrages avant de commencer la préparationde cette rétrospective en 2016 et d’explorer les archives de l’Académie, explique à l’AFP la commissaire, Doris Berger. « Je me suis demandé : « Pourquoi ne savons-nous rien à ce sujet ? Nous devrions savoir ! ”« , poursuit-elle. « Ce sont des films vraiment captivants et la preuve que les artistes afro-américains avaient tous les types de rôles et qu’il y avait plein d’histoires différentes.« . Le public peut désormais visionner les images soigneusement restaurées d’œuvres telles que le western musical Harlem dans la prairiecomédie d’horreur M. Washington va remorquer ou le long métrage gangster Manhattan sombre.

Mais beaucoup defilms de coursedont il ne reste que les affiches promotionnelles ont été perdues à jamais. Quand Hollywood offrait aux acteurs noirs de l’époque des seconds rôles dans « majordomes et mamans (nounou noire, souvent esclave, de riches familles blanches américaines, NDLR)« , ce type de films indépendants leur offrait des rôles »d’avocats, de médecins, d’infirmières et de cow-boys», note Doris Berger. « C’est la preuve (qu’Hollywood) aurait pu être tellement plus diversifié et excitant« , Elle ajoute. La fin de l’exposition est centrée sur l’essor du « blaxploitation‘, genre des années 70 qui mettait les acteurs afro-américains à l’honneur, lancé par le réalisateur noir Melvin Van Peebles, décédé quelques mois avant le coup d’envoi de Régénérationtout comme Sidney Poitier.

Hommage tardif mais essentiel

L’exposition s’inscrit dans un effort de l’Académie pour répondre aux critiques sur son manque de représentativité, incarnées par la campagne #OscarsSoWhite, qui pointait en 2015 le manque d’artistes noirs dans les nominations aux Oscars. L’institution a depuis doublé le nombre de femmes et de personnes issues de minorités ethniques parmi ses membres.

Au-delà de l’information du grand public sur les « films de course », Régénération a aussi le mérite d’avoir interpellé certains réalisateurs noirs américains. « Si j’avais su – des actrices et tout ça – j’aurais eu une vision et une approche complètement différente du cinéma« , déclare le réalisateur Charles Burnett. « Ce travail devait avoir lieu. Ce n’est que trop tard. C’est un travail important et essentiel», abonde Ana DuVernay. « Cette exposition met en lumière les générations d’artistes noirs dont nous suivons les pas« .

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