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Le projet de stratégie de défense de l’UE indique une évolution et non une révolution |  Vue


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L’attente est terminée. Après un an de discussions préparatoires, le premier projet de « boussole stratégique » – ou stratégie de défense – de l’UE a été présenté aux ministres nationaux par le chef de la politique étrangère de l’Union, Josep Borrell, le 15 novembre.

L’objectif de la boussole est de fixer de nouveaux objectifs et cibles pour le développement de la politique de sécurité et de défense de l’UE pour les cinq à dix prochaines années.

Avant sa présentation au Conseil, le projet de Compass a été divulgué aux médias dans ce qui était sans doute la fuite la plus attendue de l’année à Bruxelles.

Les journalistes ont parcouru le document et ont donné un aperçu des différentes propositions incluses. Au moment où le document a été présenté aux ministres nationaux, il semblait que tout le monde à Bruxelles avait déjà eu l’occasion de le parcourir.

Au cours des discussions préparatoires, on s’est attendu à ce que le Service européen pour l’action extérieure (SEAE), qui a préparé le projet, présente un document très ambitieux (en prévision que le niveau global d’ambition soit ensuite édulcoré par le Conseil).

Pas de nouvelle « armée de l’UE » sur les cartes

Sur la base du contenu du projet, cependant, cette stratégie semble avoir été abandonnée. Il s’agit d’un document fondamentalement pragmatique qui cherche à s’appuyer sur les initiatives, les structures et les politiques existantes de l’UE.

Il y a beaucoup de propositions dans le projet de boussole. Celui qui a reçu de loin le plus d’attention concerne la création d’une nouvelle capacité modulaire de réaction rapide de l’UE (anciennement appelée Force d’entrée initiale) de 5 000 soldats équipés des outils nécessaires.

Il a été proposé pour la première fois par un groupe de 14 pays de l’UE au printemps pendant la phase de dialogue stratégique, mais il a acquis un nouveau niveau d’importance après le retrait chaotique de l’Occident d’Afghanistan en août.

La capacité de réaction rapide, si elle est approuvée, ne serait pas l’« armée de l’UE » que certains ont écrit qu’elle serait. Il serait légèrement plus grand que les groupements tactiques existants mais jamais utilisés de l’UE, soit environ 1 500 hommes. Mais il ne pourrait être utilisé que si les pays de l’UE l’approuvaient à l’unanimité.

Pour le contexte historique, il est important de noter que l’UE a déjà mené une opération militaire impliquant plus de 5 000 soldats.

Lorsqu’elle a été lancée en 2004, la taille de l’opération Althea en Bosnie-Herzégovine était initialement d’environ 7 000 soldats. La proposition de capacité de réaction rapide représente donc une évolution plutôt qu’une révolution.

La bonne décision pour maintenir les tensions inter-UE à un niveau bas

Cela s’applique également au projet de boussole de manière plus générale. Il vise avant tout à affiner et à s’appuyer sur les initiatives, les structures et les politiques existantes de l’UE en matière de sécurité et de défense.

Il souhaite notamment améliorer la vitesse et la flexibilité du processus décisionnel de l’UE, renforcer la capacité de l’Union à dissuader et à contrer les cybermenaces et les menaces hybrides, orienter ses processus de développement des capacités, accroître son engagement dans des régions telles que l’Indo-Pacifique, et renforcer le dialogue de l’UE avec des partenaires tels que l’OTAN et les États-Unis.

Bien que certains pays de l’UE souhaiteraient que la boussole finale soit plus ambitieuse que le projet, c’était la bonne décision du SEAE à ce stade.

Les États membres n’auront que quatre mois pour négocier ce qui reste, ce qui est ajouté et ce qui pourrait être retiré du projet avant que la version finale ne soit adoptée en mars 2022.

Ce n’est pas beaucoup de temps, il est donc logique d’éviter tout ce qui est « tape-à-l’œil » et d’éviter des tensions inutiles entre les capitales européennes avant les pourparlers finaux.

Si le niveau d’ambition de la boussole doit être relevé, les pays de l’UE les plus grands et les plus influents, notamment la France et l’Allemagne, doivent faire preuve de leadership politique dans les mois à venir.

Cependant, la France devrait être préoccupée par la politique intérieure lors de sa présidence du Conseil européen du printemps 2022 en raison de l’élection présidentielle française imminente, qui met en doute la capacité de la France à faire preuve de leadership dans les affaires européennes.

De plus, l’Allemagne n’a toujours pas de nouveau gouvernement. Le prochain n’aura pas beaucoup de temps pour se familiariser avec les processus au niveau de l’UE avant de voter sur l’approbation de la boussole au Conseil.

Le nouveau gouvernement doit donc être prêt à sauter directement dans le grand bain de la piscine proverbiale. Beaucoup dépend des priorités personnelles d’Olaf Scholz, le prochain chancelier probable, et de celles de ses ministres des Affaires étrangères et de la Défense.

Des ajustements sont nécessaires avant le vote final

Il existe des moyens d’améliorer le projet de boussole. L’une serait d’accorder une plus grande attention à la nécessité de renforcer la coopération au niveau de l’UE en matière de sécurité d’approvisionnement et de stockage stratégique.

Le projet de document ne traite de la sécurité d’approvisionnement qu’en termes très généraux, et il n’y a pas de propositions spécifiques qui s’y rapportent directement.

La boussole finale pourrait remédier à cela, par exemple, en établissant une feuille de route pour une stratégie européenne dédiée et en proposant la création d’une agence européenne de sécurité d’approvisionnement, ou d’un centre d’excellence.

De telles mesures contribueraient à renforcer la résilience de l’Union face aux chocs soudains et aux perturbations des lignes d’approvisionnement, telles que celles causées par COVID-19 en 2020.

Dans l’ensemble, cependant, le projet de boussole stratégique pointe déjà dans la bonne direction. Le SEAE a bien travaillé à sa mise en place. Pour les quatre prochains mois, il appartiendra aux États membres de l’affiner et de le calibrer.

Le Dr Niklas Nováky, Ph.D., est chercheur principal au Wilfried Martens Center for European Studies et auteur du livre European Union Military Operations: A Collective Action Perspective (Routledge, 2018).

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