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Le Raid essuie des « cailloux » avant son départ

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Envoyé en urgence à Mayotte pour tenter de mettre un terme aux graves violences entre gangs rivaux, le Raid aura raté le pic des affrontements sans toutefois échapper aux échauffourées habituelles que connaît le territoire.

Son départ est fixé au lundi 5 décembre, au grand dam de la police locale. Lorsque le gouvernement a annoncé l’envoi du Raid pour tenter d’endiguer la spirale infernale de violence qui a secoué le département français de l’Océan Indien à la mi-novembre, les gangs les plus violents se sont repliés, dispersés. Laissant la population abasourdie par un calme sans précédent.

Deux interventions à Vahibé

Pourtant, à Vahibé, petit village déshérité coincé entre deux coteaux aux confins de la capitale Mamoudzou, la police s’affaire depuis vendredi, lorsque la police locale s’est rendue dans un bidonville en tôle pour arrêter des individus soupçonnés d’êtrecoupeurs de route», extorquant violemment les automobilistes. Bilan de l’opération : des heures d’affrontement entre des jeunes et la police, deux suspects interpellés et un village entier pris entre deux feux.

Lundi, une autre opération a été menée conjointement à Vahibé par la direction territoriale de la police nationale (DTPN, regroupant la police nationale et la police des frontières) et le Raid. Mais l’effet de surprise est impossible : une seule route permet d’accéder au village depuis Mamoudzou. Alors quand les locaux repèrent le convoi de 4×4 et de camionnettes blanches, ils sortent les téléphones pour prévenir les sans-papiers qu’un « opération LIC (lutte contre l’immigration clandestine)» est en cours. Lorsque le convoi se gare au pied du bidonville de Vahibé, il ne reste déjà plus grand monde à interpeller. Une trentaine de policiers se répartissent le terrain. Il y a le Raid, ainsi que le GAO, une unité spéciale de la police des frontières, comparable à la BAC et reconnaissable aux T-shirts noirs marqués d’un guépard que portent ses membres.

police lapidée

Alors que la police arrête trois hommes en situation irrégulière – les seuls de l’opération – sous les yeux des enfants, les jeunes préparent la riposte. « Regardez, ils sont là, là et là», raconte Omar, perché sur un toit dominant toute la vallée de brousse et de tôle, au spectacle, comme tout le village. Les premières pierres pleuvent de petits groupes de jeunes éparpillés sur la colline. Très mobiles, ils communiquent entre eux en shimaoré, mais insultent la police en français. Lesquels répliquent en plongeant le bidonville dans une épaisse fumée de gaz lacrymogène. Dans cet air saturé, des cris, des bruits de pierres, d’armes.

« Tu as entendu ? Ce n’est pas l’habituel», commente Nasri, un lycéen, alors que plusieurs coups de feu retentissent. Les hommes du Raid, en tenue de combat, tiraient en effet leurs fusils de chasse et leurs cartouches en caoutchouc contre les jeunes torses et pieds nus. Cela ne semble pas les décourager. « En même temps je les comprends, ce n’est pas bien ce que font les policiers, en plus ils laissent souvent les enfants seuls ici. Par contre, on en a marre des délinquants, il y a toujours de la violence et on ne peut rien faire, même pas aller à l’école, il faut les arrêter», témoigne le lycéen, pour qui «ça ne changera jamais« .

Le Raid quitte la France métropolitaine lundi

Depuis plusieurs semaines et l’agression d’un chauffeur de car scolaire lapidé dans le village, les élèves de Vahibé ne peuvent plus aller au collège ou au lycée, comme dans une grande partie du nord de l’île. Cela peut en partie expliquer le calme relatif qui s’est installé : les jeunes des villages rivaux situés dans des zones sous tension ne se rencontrent presque jamais.

La présence du Raid semble également dissuasive. « On aimerait qu’ils restent, c’est un soulagement de les avoir avec nous, mais Paris refuse, donc ils partiront lundi», explique Abdel Aziz Sakhi, secrétaire de zone CFDT police alternative. « Connaissant les jeunes, ça va être la fête quand ils seront partis, ça va recommencer c’est sûr« , il croit. Le ministre de l’Intérieur et de l’Outre-mer, Gérald Darmanin est attendu fin décembre pour constater l’évolution de la situation sécuritaire sur l’île où 72 gendarmes mobiles sont attendus.

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