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Les navires russes déployés en Méditerranée rentrent au port après… 325 jours


Le croiseur Varyag et son escorte retourna à Sébastopol, leur port d’attache de la flotte du Pacifique. Une mission de plus de 10 mois qui souligne le manque de navires et de solutions logistiques de la flotte russe.

C’est un long, très long voyage que les marins du croiseur accomplissent Varyagdu destructeur Hommages à l’amiral et pétrolier Boris Butoma. Appartenant à la flotte russe du Pacifique, les trois navires frappés de l’étoile rouge sont arrivés vendredi 18 novembre à leur port d’attache de Vladivostok après avoir traversé le grand pont suspendu de l’île Rousski. Dernière étape d’un périple de 325 jours qui les a menés loin de leur zone de prédilection, vers la Méditerranée orientale, où ils ont passé plus de dix mois, en comptant les 30 000 kilomètres aller-retour via le canal de Suez, la mer Rouge, l’océan Indien, la Chine. Mers et mer du Japon.

Sous les ordres de Varyagvaisseau amiral de la Flotte du Pacifique et navire jumeau de Moscou Coulé par les Ukrainiens en mer Noire en avril dernier, le petit escadron a joué un rôle discret mais essentiel : assurer une présence navale russe permanente en Méditerranée orientale pendant la guerre en Ukraine. Certes, la chose n’est pas nouvelle. La marine russe déploie depuis plusieurs années des navires à « Medor », principalement quelques navires de faible tonnage ainsi que deux sous-marins de la flotte de la mer Noire, la plus proche de la zone. Cette escadre méditerranéenne – résurgence de la 5e Eskadra soviétique qui affronta la 6e flotte américaine pendant la guerre froide – est indissociable de la présence russe en Syrie, où Moscou dispose d’une base navale à Tartous, la seule de Russie à l’étranger.

Posture dissuasive

Avec l’escalade des tensions déclenchée début 2022 par des exercices à la frontière ukrainienne et qui a changé d’ampleur avec l’invasion du pays le 24 février, Moscou a fortement accru son déploiement en Méditerranée. Dès janvier, des détachements des deux grandes flottes du Nord et du Pacifique sont lancés, centrés respectivement autour des croiseurs Maréchal Oustinov et Varyag accompagnés de leur escorte. L’objectif était bien sûr d’essayer de traquer les activités des marines de l’Otan dans « Medor », mais aussi, plus fondamentalement, d’assurer une posture de dissuasion. C’est à ces imposants croiseurs de plus de 12 000 tonnes de déplacement, équipés de missiles anti-navires supersoniques P-1000 Vulkan – armes dites « tueuses de porte-avions » – qu’incombait cette tâche. Une dissuasion d’autant plus crédible que ces missiles, qui rendent ces navires reconnaissables entre tous avec leurs lanceurs inclinés situés de part et d’autre du pont, ont un usage dit « dual », leurs têtes conventionnelles pouvant être remplacées par des ogives nucléaires. . Rien n’indique que ce fut le cas, mais le doute a une valeur dissuasive.

Sur le papier, la Russie avait donc réussi à regrouper une petite armada en Méditerranée orientale, signe de la montée en puissance des armées russes. Mais la réalité est tout autre : à l’exception de deux frégates, les navires déployés par Moscou dans « Medor » sont surtout remarquables par leur âge canonique. La Varyag, Hommages à l’amiral et Boris Butoma rentrés ce vendredi à Vladivostok ont ​​été mis en service en 1989, 1985 et 1978… soit de 33 à 44 ans en mer. Dans la grande majorité des marines du monde, de tels bâtiments auraient déjà pris leur retraite, ou seraient sur le point de l’être. En conséquence, la plupart des capteurs et des armements des grands navires russes n’ont pas été modernisés, n’obéissant plus aux normes contemporaines.

L’autre difficulté tient au nombre réduit de navires offshore russes capables de prendre le relais de ceux déployés en janvier. La marine russe dispose de 18 frégates, destroyers et croiseurs actuellement opérationnels et répartis dans les quatre flottes du Nord, du Pacifique, de la Baltique et de la mer Noire, extrêmement éloignées les unes des autres. Mais rien n’indique que tous ces navires – seuls cinq sont en service depuis moins de 10 ans – seraient effectivement capables d’effectuer une mission de plusieurs mois à des milliers de kilomètres de leur port d’attache.

Par conséquent, les navires déployés en janvier 2022 ont dû jouer des prolongations dans des conditions extrêmement difficiles. Il faut imaginer des marins passer plus de dix mois en mer dans un confort d’autant plus sommaire que les bâtiments sont anciens, avec en prime la tension induite par le contexte géopolitique particulier de la guerre en Ukraine. Et, surtout, des possibilités extrêmement limitées d’assistance, de réparation et de réapprovisionnement. La Russie dispose bien d’installations de Tartous en Syrie, mais en pratique cette simple « base matérielle et technique » datant de l’époque soviétique n’a pas encore bénéficié d’investissements suffisants pour répondre aux besoins des grands navires déployés depuis longtemps en haute mer. A ce jour, par exemple, il est impossible pour les croiseurs ou destroyers russes de s’amarrer le long des quais, destinés aux plus petits navires.

La Russie peut donc difficilement maintenir sa présence navale en Méditerranée, qui s’est renforcée depuis février dernier. Comme les navires du Pacifique, une partie de ceux de la Flotte du Nord ont également quitté la zone. Le 16 septembre, c’est donc le croiseur Maréchal Oustinovle destructeur Vice-amiral Koulakov et le pétrolier Viazma qui sont retournés à leur port d’attache de Severomorsk dans la mer de Barents.

Au 12 novembre, parmi les grands navires, il ne reste que la frégate Amiral Kasatonov – navire amiral de la marine russe, appartenant à la flotte du Nord – et la frégate Amiral Grigorovitch, appartenant à la flotte de la mer Noire, selon le décompte tenu par l’analyste naval et ancien officier belge Frederik Van Lokeren. Pour compenser cette attrition, les Russes ont choisi de déployer deux corvettes de classe Steregushchiy de la flotte de la mer Baltique, mais ces navires, bien que modernes, n’ont pas l’endurance des croiseurs ou des destroyers.

L’OTAN maintient sa présence à « Medor »

Et la situation ne devrait pas s’améliorer. Avec la guerre en Ukraine et conformément au traité de Montreux en cas de conflit armé, la Turquie a décidé de fermer les détroits du Bosphore et des Dardanelles qui relient la mer Noire et la mer Méditerranée à tous les navires de guerre. La flotte basée dans le premier, déjà sous forte pression avec la guerre, ne pourra donc plus déployer de navires pour soutenir l’« eskadra » méditerranéenne, alors que cette solution était géographiquement la plus logique. Les navires de la mer Noire actuellement en Méditerranée ne sont autorisés qu’à retourner à la base de Sébastopol. Encore une fois, ils jouent les prolongations dans « Medor », mais ne pourront pas le faire éternellement; à un moment donné, ils devront retourner au port. Avec la fermeture des détroits par les Turcs, il est aussi de plus en plus difficile pour les Russes d’approvisionner leur base de Tartous en Syrie, pourtant plus cruciale que jamais. Les navires de guerre étant interdits, Moscou utilise des pétroliers civils protégés dès leur entrée en Méditerranée par une frégate.

En face, les pays de l’OTAN maintiennent une forte présence en Méditerranée orientale, avec bien sûr la Sixième flotte américaine et ses quarante navires, et un réseau très dense de bases navales très utile pour la logistique. La Marine nationale, qui déploie en permanence une frégate à « Medor », n’est pas absente non plus. A l’issue de son escale technique estivale, le porte-avions Charles de Gaulle a appareillé mardi 15 novembre de Toulon dans le cadre de la mission « Anterres ». Si le ministère des Armées est resté discret sur le tracé, on sait que le groupe aéronaval traversera prochainement la Méditerranée orientale pour renforcer « la posture défensive et dissuasive de l’OTAN sur le flanc oriental de l’Europe » – ce qu’il avait déjà fait à l’époque début 2022 – avant de pousser, peut-être, jusqu’à l’océan Indien en fonction de l’évolution du contexte international.

lefigaro -fp

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