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Les Québécois paieront des prix d’amis aux Américains

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Alors qu’une pénurie d’électricité se profile et que François Legault veut construire de nouveaux barrages, Hydro-Québec s’est engagée à vendre 20 TWh aux Américains à bas prix.

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« Ils ont puisé dans le bloc patrimonial pour vendre à rabais l’équivalent de 93 % de la rivière Manicouagan aux Américains! proteste Pierre F. Gingras, un ancien ingénieur spécialisé dans les projets hydroélectriques qui a travaillé pour Hydro-Québec pendant 32 ans.

Lui et d’autres anciens d’Hydro trouvent absurde que les Québécois soient invités à la « sobriété énergétique », comme l’a suggéré le ministre Pierre Fitzgibbon, alors qu’Hydro vendra son or bleu au sud de la frontière.

« Par quoi allons-nous remplacer cela ? Il est aujourd’hui impossible de remplacer ces barrages. Des rivières de la qualité de la Manicouagan, on n’en a plus ! Les Américains vont profiter de deux générations de Québécois qui se sont suicidés au travail pour qu’on puisse avoir de bons taux», déplore celui qui a évalué plus de 200 projets de barrages au cours de sa carrière.


Pierre F. Gingras, ancien ingénieur d'Hydro-Québec.

Photo fournie par Pierre F. Gingras

Pierre F. Gingras, ancien ingénieur d’Hydro-Québec.

Accords à long terme

Hydro-Québec a récemment conclu des ententes avec l’État du Massachusetts et la ville de New York pour leur fournir un total de 19,85 TWh pendant 20 et 25 ans respectivement.

Dans le cas du contrat avec le Massachusetts, le prix que recevra Hydro-Québec l’année 1 du contrat sera de 5,15 cents américains le kWh (l’année 1 devait débuter en 2024, mais sera reportée en raison de litiges juridiques). Au cours de la 20e année du contrat, ce prix sera de 8,24 cents, ce qui suppose un taux d’inflation de 2,5 % sur la durée du contrat.

Le problème est que le prix de l’électricité sur le marché était déjà de 8,4 centimes au dernier trimestre de cette année. L’inflation explose et la demande d’électricité propre n’a jamais été aussi forte. Les Américains profiteront-ils du changement ?

Hydro-Québec se défend

« Ça reste d’excellents contrats. Ce sont des engagements à long terme et les prix du marché fluctuent beaucoup. L’inflation actuelle ne durera pas», tempère Simon Bergevin, directeur principal du Service des transactions énergétiques à Hydro-Québec, interrogé mardi lors d’une conférence du CORIM.

Le prix du gaz naturel (une référence pour celui de l’électricité) était de 1,52 $ il n’y a pas si longtemps, rappelle-t-il, même s’il dépasse les 7 $ aujourd’hui. Des facteurs comme la guerre en Ukraine font grimper les prix, mais « un prix de 5,15 cents dans le contrat du Massachusetts est toujours un bon prix à long terme », dit-il.

Comme en bourse

« Dans un portefeuille, vous voulez être diversifié. Actuellement, la majorité de nos exportations d’électricité sont vendues sur place (marché à court terme). Mais à long terme, vous voulez aussi une partie de votre portefeuille qui sera fixe », illustre M. Bergevin.

Un avis partagé par le professeur d’économie Pierre Fortin. « Le prix de 5,15 centimes du kWh peut sembler bas aujourd’hui, mais nous pouvons actuellement produire à 7 centimes le kWh avec l’éolien, qui sera notre principal concurrent aux Etats-Unis et dont le prix continuera vraisemblablement à baisser dans les années à venir. . »

« C’est aussi une bonne idée d’avoir une présence ferme aux États-Unis, avec des alliés commerciaux là-bas, pour minimiser le risque du portefeuille », ajoute-t-il.

Une victoire dans le Maine

Par ailleurs, la Cour suprême du Maine a validé, mercredi, le bail qu’avait obtenu le partenaire d’Hydro-Québec dans le dossier du projet NECEC, une nouvelle ligne de transmission entre Québec et la Nouvelle-Angleterre.

Il s’agit de la deuxième décision favorable du tribunal dans le cadre de ce projet, après celle rendue en août dernier au sujet de la constitutionnalité du référendum de novembre 2021.

Hydro-Québec n’est toujours pas tirée d’affaire dans ce dossier, puisque les plaidoiries sont prévues pour avril 2023.

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