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Les reines subliment |  Le Journal de Montréal


Sublimer votre personnage pour en tirer toute sa complexité, c’est l’exploit réalisé par les six comédiennes de la pièce Les reines, présenté au TNM, qui reste un défi pour le spectateur.

Inspiré de Shakespeare, ce texte épais, écrit par Normand Chaurette il y a trente ans, met en valeur la richesse de ces six femmes qui ont toutes un regard distinct sur le monde à l’aube de la mort du roi d’Angleterre au palais de Londres en 1483.

Il y a la jeune ambitieuse Anne Warwick qui veut accéder au trône en épousant l’impitoyable Richard, le frère du souverain mourant. Sophie Cadieux l’incarne avec une touche d’excentricité, de fraîcheur et de froideur qui la rend à la fois drôle et menaçante. Sa sœur, Isabelle Warwick, jouée avec aplomb par Céline Bonnier, complote également pour que son mari, l’autre frère du roi, prenne le pouvoir.

Face à ce duo, la reine Elizabeth voit sa vie lui filer sous les pieds avec la mort imminente de son mari. Kathleen Fortin maîtrise parfaitement le burlesque et l' »impuissance » offerts par celui qui sent que la fin approche.

Une autre qui presse son dernier souffle est la vieille duchesse d’York, la reine mère. Sylvie Léonard est méconnaissable à ses traits. Avec une voix lourde et un corps faible, la comédienne exprime à la fois l’impuissance et le fatalisme de celle qui en a vu bien d’autres, mais qui sait bien que son temps est révolu.

En marge, la reine Marguerite, veuve du précédent roi, affiche son amertume pour ce pays qu’elle maudit. Monique Spaziani fait revivre cette rage mêlée de douleur au toucher. Et enfin, il y a la mystérieuse Anne Dexter, rejetée et amputée. Marie-Pier Labrecque est une révélation dans ce rôle qu’elle porte avec une fragilité qui se transforme peu à peu en assurance.

Détails pertinents

Ces comédiennes semblent avoir été magistralement dirigées par le réalisateur Denis Marleau, qui avait déjà monté cette œuvre en 2005. On sent le souci du détail dans cette mise en scène. Les protagonistes ont chacun leur propre ton. Ils portent tous des couleurs spécifiques dans les magnifiques costumes de Ginette Noiseux. Et le château en toile de fond, sur fond de tempête de neige, est parfait pour mettre en place ce jeu d’intrigue dans une ambiance de bout du monde.

Malgré ses qualités, ce spectacle très classique reste difficile d’accès pour le public. Le texte se compose de nombreuses envolées oratoires qui demandent une concentration constante. Le mélange du tragique et de l’absurde est intéressant, mais une trame diffuse, marquée par plusieurs apartés et peu de dialogues, atténue cet élan.

Une lecture attentive du programme en amont est donc indispensable pour pouvoir s’y retrouver et apprécier cette pièce à sa juste valeur.

La chambre Les reines est visible au TNM jusqu’au 11 décembre.

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