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Mine, No Bear, Saint Omer… Les films à voir ou à éviter cette semaine


Roschdy Zem plonge dans le traumatisme d’une famille après la perte d’un frère, le cinéaste iranien Jafar Panahi met en scène l’exil, la documentariste Alice Diop capture l’histoire vraie d’une mère infanticide… Que voir cette semaine ? La sélection de Figaro.

Mien – Ont

Drame de Roschdy Zem, 1h25

Devant et derrière la caméra, Roschdy Zem évoque le traumatisme subi par ses proches après l’accident de son frère. Moussa n’est plus le même. Lui qui était la douceur, la compréhension incarnée, maintenant après une chute, il balance ses quatre vérités à tout le monde. La pilule est assez difficile à avaler. Au début, on lui trouve des excuses. Il est en instance de divorce. Ça va mal. La femme ne donne plus de nouvelles. Le mari abandonné sort dans un club, se saoule sur la piste de danse. Coma éthylique. Il ne s’en remettra pas. Sa bosse sur le front n’est qu’un symptôme. Le gentil cadre supérieur devient acariâtre, susceptible, ingérable. Tout avait commencé par un déjeuner d’anniversaire. Entre deux bouchées de gâteau, les frères et sœurs se chamaillaient. Le fils conspirateur disait n’importe quoi. Nous avions l’habitude de. Aujourd’hui, il prétend que les Américains ne sont jamais allés sur la lune. On savait que Ryad, journaliste sportif à la télévision, était le plus égoïste de la tribu, qu’il ne pensait qu’à son métier. Il sera là pour son jeune frère, prendre les choses en main. Avec Les Miens, Roschdy Zem, peut-être le meilleur cinéma français que nous offre le moment, dépeint la plus quotidienne des tragédies. Son film exalte les cœurs. Ça sonne juste. C’est vrai. Il faut le voir. Cela vous étonnera. DANS.

Pas d’ours – Ont

Drame de Jafar Panahi, 1h47

Alors que le réalisateur iranien Jafar Panahi est derrière les barreaux depuis le 10 juillet, son dernier film, Pas d’ours, sort dans la chambre. Dans cette histoire tournée avant la révolte dans son pays, il met en scène l’exil. Un pas qu’il ne veut pas franchir, contrairement à son fils, Panah, qui vient de s’installer en France. Dans No Bear, le cinéaste se met en scène en train de réaliser un film à distance, l’œil rivé à un ordinateur pour diriger les acteurs, depuis un village proche de la frontière. un couple de comédiens tente d’obtenir des passeports pour fuir l’Iran. Dans le village où Panahi se réfugie, un couple d’amoureux est confronté à un patriarcat meurtrier, entre tradition et superstition. Aucun ours n’est particulièrement pessimiste. Mais il a été filmé avant le soulèvement et Panah Panahi veut croire qu’il y a de l’espoir aujourd’hui. ES

mauvaises filles – Ont

Documentaire d’Émérance Dubas, 1h11

« Nous avons fui l’institut et je me suis retrouvé en prison pendant une semaine, avant d’être renvoyé… ». Fabienne raconte, comme trois autres femmes de ce film, son enfance passée dans les instituts du Bon Pasteur, où les « mauvaises filles » – celles qu’on prenait pour telles – étaient éduquées par des religieuses au cœur froid comme les barreaux des lits des dortoir. Beaucoup, au moins, étaient comme ça. Il aurait été intéressant de poser la question. Cette congrégation née dans la première moitié du 19e siècle a œuvré jusque dans les années 1970 pour « sauver du péché » les filles-mères, les filles maltraitées, fugueuses, abandonnées. Evelyne a relu la lettre pompeuse de ses parents au réalisateur la qualifiant « intenable ».« Tout est faux… », dit-elle dans six décennies. La caméra monte lentement l’escalier d’une de ces maisons de correction aujourd’hui en ruine, visite la chapelle puis la salle de bain, où la gale a été enlevée aux fillettes à coups de « chackgrass brush ». Au quotidien, le harcèlement était courant. Les riverains, ce documentaire soigné d’Émérance Dubas le prouve, n’en sont pas tous sortis indemnes. BP

Dit-elle – Tu peux voir

Drame de Maria Schrader, 2h09

Zoe Kazan et Carey Mulligan campent, avec une sobriété efficace, les reporters du New York Timesqui a brisé l’omerta sur le harcèlement et les abus sexuels à Hollywood. Le 5 octobre 2017, les grandes reporters Megan Twohey et Jodi Kantor ont expliqué comment, pendant des décennies, Harvey Weinstein, le producteur de rock and roll d’Hollywood, a acheté le silence des femmes qu’il a agressées. Le papier austère, ressemblant à une publication légale, était basé sur de longs mois d’enquête invisible. En signant une ode au journalisme et au courage des victimes, Maria Schrader ( Je suis ton homme ) évite l’écueil de la scabreuse et de la moralisation. Harvey Weinstein n’apparaît que brièvement de dos. La caméra filme couloirs et chambres d’hôtel au fur et à mesure des témoignages. Dit-elle propose une vision du journalisme sur grand écran moins embellie qu’à l’accoutumée. Le contraint physique et téléphonique en porte-à-porte, depuis Los Angeles au Royaume-Uni, suscite des moyens d’irrecevabilité, alimentés par la peur que suscitent Weinstein et ses accords de confidentialité. Le duo de reporters accumule les nuits blanches et les week-ends rognés. Le film libère autant de colère sourde que de lumière dans un double uppercut mémorable. JC

Opération Père Noël – Ont

Film d’animation de Marc Robinet, 43 minutes

Fils de parents très occupés et riches, William, huit ans, demande un cadeau qui semble impossible à obtenir : le Père Noël lui-même. Accompagné d’Alice, sa petite voisine aux ambitions plus modestes et d’un « vrai » lutin, le garçon se lance dans une aventure qui va le faire grandir. L’histoire d’Alain Gagnol dépasse un rêve d’enfant en faisant réfléchir le jeune public. Marc Robinet le met en scène avec délicatesse et tendresse. Les motifs plats et les couleurs apaisantes sont dignes d’un conte de fées. Parfait avant les fêtes de fin d’année. N.-É.

Le menu – Tu peux voir

Thriller de Mark Mylod, 1h48

Après les road-movies, les food-movies. Le réalisateur Mark Mylod situe l’intrigue de ce long métrage dans un restaurant ultra sélect caché sur une île au large de la côte est des États-Unis. Aubépine reçoit une dizaine de convives à chaque service. Le repas à 1 250 $ par personne (boisson comprise) va vite tourner au vinaigre, mais mettre beaucoup de sang dans une sauce ne suffit pas à la lier correctement. Même si certaines scènes restent délectables, comme celle de la côte d’agneau aux poireaux, les règlements de comptes sociaux laissent finalement le spectateur sur sa faim, malgré le numéro impeccable de tête de Raph Fiennes complètement déjanté. Personnages stéréotypés, intrigue tirée par les cheveux, c’est moins subversif que Festin(1973); l’épilogue pastiche, façon gore, celui de Ratatouille , on s’attendait à mieux. Le plus amusant est la façon dont le film ridiculise les modes et les bouffissures de la haute cuisine contemporaine. FDS

Os et tout – Tu peux voir

Drame de Luca Guadagnino, 2h11

La jeune Maren (Taylor Russell) part à la recherche de sa mère pour tenter de comprendre les origines de son goût pour la chair fraîche. Elle croise la route de Mark Rylance et surtout de Timothée Chalamet (la star de Dunesrévélé par Guadagnino dans Appelez-moi par votre nom ), cannibales comme elle et condamnées à une existence marginale. Les deux vagabonds cannibales sillonnent les États-Unis, s’arrêtant parfois pour une escale gastronomique. Guadagnino alterne romance (ritournelle à la guitare) et gore (musique effrayante). Comment trouver sa place dans le monde avec un tel régime ? Question sérieuse déjà traitéeSévère justement, le premier film de Julia Ducournau, avec plus de culot. ES

Rimini – Tu peux voir

Comédie d’Ulrich Seidel, 1h55

Michael Thomas n’a pas le physique d’Alain Delon. Il ne joue pas un professeur. Mais comme dans le film de Valerio Zurlini, il traverse l’hiver à Rimini, une ville italienne de la côte adriatique, battue par le vent et la pluie. Ancien crooner autrichien, Richie Bravo pousse la chansonnette pour retraités dans des hôtels austères, quand il ne loue pas ses services de gigolo. Tessa, sa fille, arrive dans cette routine ennuyeuse pour lui demander de l’argent. Mauvais goût assumé, humour houellebecquien, chair triste, laDolce Vita Version d’Ulrich Seidel. ES

Saint-Omer– Éviter

Drame d’Alice Diop, 2h02

Pour son premier long métrage de fiction, la documentariste Alice Diop capte l’histoire de Fabienne Kabou, d’origine sénégalaise comme elle, mère infanticide de sa fille Adélaïde, 15 mois, abandonnée à marée montante sur la plage de Berck-sur-mer en novembre 19 décembre 2013 et condamné à 20 ans d’emprisonnement par la cour d’assises de Saint-Omer. Alice Diop ne met pas en scène le fait divers en tant que tel. Il reproduit le procès sur la base des verbatim des audiences. Elle met en place un dispositif sans doute très rigoureux (plans fixes et acteurs le plus souvent face caméra), mais d’une rigidité et d’une lenteur assez répugnantes. L’accusée, rebaptisée Laurence Coly (Guslagie Malanda), est insaisissable. Il fait froid, pour ne pas dire glaçant. Alice Diop oublie d’étoffer cette histoire. La présidente Valérie Dréville et l’avocat général Robert Cantarella, acteur de théâtre aguerri, sont raides comme la justice. On va dire qu’ils sont dans leur rôle. C’est plus troublant dans le cas de Rama (Kayije Kagame), alter ego du réalisateur, professeur de collège citant Hiroshima mon amour et romancière présente au procès, enceinte et bouleversée par le miroir que lui tend Laurence Coly. ES

lefigaro – divertissement

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