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où en est la dispute, 10 semaines après la mort de Mahsa Amini ?


Le bilan total de la répression s’élève à 416 morts depuis le début du mouvement de contestation. VALENTIN FLAURAUD / AFP

SE CONCENTRER- Le pays connaît toujours de grandes manifestations à travers le pays. La répression est violente dans la région du Kurdistan.

Deux mois après le soulèvement d’une partie de la population iranienne suite à la mort de Mahsa Amini, la révolte continue de gronder en Iran. Réprimées dans le sang, les manifestations se poursuivent à Téhéran, mais aussi au Kurdistan iranien, région d’origine de la jeune femme de 22 ans décédée après son interpellation par la police des mœurs pour avoir enfreint le strict code vestimentaire imposant de porter le voile en public .

Où sont les révoltes dans le pays ?

Les troubles couvrent encore tout le pays, des périphéries aux grandes villes. Dans le sud-ouest, à Karaj, au nord-ouest à Orumieh en passant par la capitale Téhéran, des manifestations ont encore eu lieu ce jeudi soir. L’État continue également de couper régulièrement Internet pour réduire la solidarité entre les manifestants et étouffer la contestation. Après près de 10 semaines de manifestations, les révoltes que connaît le paysne sont donc pas un feu de paille, mais une lame de fond » dit le Figaro Antoine Basbous, fondateur et directeur de l’Observatoire des pays arabes. Et les autorités ont lancé plusieurs ultimatums, notamment au chef de l’armée régulière, sans décourager les manifestants.

La répression du mouvement continue-t-elle ?

Le régime iranien continue également de réprimer le mouvement. Au cours de la dernière semaine de manifestations, les forces de sécurité iraniennes ont tué 72 personnes, dont 56 au Kurdistan iranien, a indiqué mardi 22 novembre l’ONG Iran Human Rights (IHR), basée à Oslo. Parmi ces morts figurent 51 enfants et 21 femmes, selon au RSI. Le bilan total s’élève donc à 416 morts depuis le début du mouvement de contestation.

Des Iraniens dans une station de métro de Téhéran s’enfuient et tombent alors que des coups de feu se font entendre. – /AFP
Les manifestations se poursuivent à Téhéran. AGENCE DE PRESSE WANA / REUTERS

Dans le même temps, plusieurs milliers de personnes ont été arrêtées. Des manifestants mais aussijournalistes, actrices, réalisatrices, universitaires, athlètes« . Le dernier en date étant le célèbre footballeur Voria Ghafouri, accusé d’avoir « insulté et terni la réputation de l’équipe nationale (Team Melli) et fait de la propagandecontre l’État, a rapporté l’agence de presse iranienne Fars. Le footballeur de 35 ans originaire de Sanandaj, la capitale de la province du Kurdistan iranien, a posté une photo sur son compte Instagram portant des vêtements traditionnels kurdes. La violente répression aurait aussi été marquée par des viols commis sur les manifestants après leur arrestation, comme le montre une enquête des journalistes de la chaîne de télévision américaine CNN.

Le Kurdistan paie-t-il le prix fort ?

Ces derniers jours, des manifestations ont eu lieu dans plusieurs villes du Kurdistan – Mahabad, Javanroud ou Piranchahr -, souvent liées aux cérémonies funéraires de personnes tuées par la police. Le groupe iranien de défense des droits kurdes Hengaw, également basé en Norvège, a accusé les autorités d’avoir tiré à balles réelles sur des manifestants.

« La répression est particulièrement sévère dans cette région, car les forces iraniennes utilisent des armes de guerre contre les manifestants», rapporte Antoine Basbous. Les autorités auraient également fait venir des miliciens chiites des pays voisins »qui répriment sans état d’âme», explique le chercheur. « La République islamique jette toutes ses forces eten profite pour bombarder le Kurdistan irakien avec des missiles et des drones sous prétexte que cela alimenterait la contestation», explique également le chercheur.

Il ne faut cependant pas oublier les nombreux décès qu’il y a eu ailleurs dans le pays comme au Balouchistan, dans le sud-est. Le 30 septembre, les forces de sécurité ont tiré sur des manifestants rassemblés à Zahedan. Au moins 92 personnes avaient été tuées, selon IHR, lors de cette journée baptisée « vendredi sanglantpar les défenseurs des droits de l’homme.

La révolte pourrait-elle conduire au renversement du régime ?

Les observateurs sont unanimes. Ce mouvement de contestation est historique. « En 2009, les manifestations politiques ont été réprimées en moins de deux semaines, et en novembre 2019, les manifestations économiques ont été stoppées en quelques jours», note Antoine Basbous. Cependant, plusieurs éléments manquent encore pour que la contestation se transforme en révolution. Tout d’abord, il devrait y avoir de grandes grèves dans l’industrie pétrolière, comme en 1979, lorsque la révolution a entraîné la chute du Shah. A cette paralysie du pays, moyen de pression contre le gouvernement, « il devrait y avoir des scissions au sein du régime« .

En tout cas, ce n’est pas la commission d’enquête mise en place par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU qui fera fléchir le régime des mollahs. Malgré l’opposition de Téhéran et de Pékin, une enquête internationale a été ouverte sur la répression des manifestations afin de recueillir des preuves de violations et éventuellement de poursuivre les responsables. Réunis en urgence à l’initiative de l’Allemagne et de l’Islande, les 47 Etats membres de la plus haute instance onusienne des droits de l’homme ont décidé de nommer une équipe d’enquêteurs.

« Pour enquêter, il faut coopérer avec le régime, qui accepte de faire venir des enquêteurs dans des centres de détention par exemple, or Téhéran considère cette opération comme une accusation occidentale, et accuse plus généralement l’impérialisme et le sionisme de fomenter des troubles», explique Antoine Basbous. Cette décision est en tout cas une marque bienvenue de soutien aux manifestants en Iran.

lefigaro -fp

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