Skip to content
Six questions sur l’érotomanie


Syndrome psychiatrique qui touche la sphère amoureuse, l’érotomanie se traduit par la conviction que l’autre vous désire.

Lettres enflammées posées sur le pare-brise de votre voiture, déclarations d’amour quotidiennes, appels téléphoniques à répétition… Cela peut sembler romantique au premier abord. Mais parfois, l’auteur des messages vient vous persécuter alors que vous ne le connaissez pas ou que vous l’avez rejeté. Cela peut être le signe qu’il souffre d’érotomanie, un syndrome de délire passionnel qui se manifeste par la conviction d’être aimé et qui peut entraîner des complications graves telles que des menaces suicidaires. Ce trouble psychiatrique touche 15 personnes sur 100 000 dans le monde, selon une étude publiée dans la revue Médicaments du SNC. Quels sont les causes et les symptômes ? Que faire avec un érotomane ? Explications avec André Corman, directeur de l’enseignement de sexologie à la faculté de médecine de Toulouse et vice-président de l’association interuniversitaire de sexologie.

Qu’est-ce que l’érotomanie ?

Très concrètement, une personne érotomane »construit» une histoire d’amour, à travers des fantasmes erronés, autour de celui qu’elle aime et dont elle est convaincue d’amour réciproque. A ses yeux, cette personne lui envoie constamment panneaux révéler ses sentiments. «  Le moindre regard, le moindre sourire, est immédiatement perçu comme un signal dit André Corman. En 20 ans de pratique, le sexologue n’a vu passer que 4 ou 5 cas par son cabinet, ce qui en fait une pathologie assez marginale.

Si cela touche à la fois les hommes et les femmes,l’histoire du syndrome tend à révéler une prédominance écrasante de cas féminins« , selon le médecin. Question d’éducation, de comportement ou de contrainte sociale, « le sexe féminin aurait en effet toujours été plus réceptif aux histoires d’amour ou de passion folle», poursuit-il, ce qui expliquerait pourquoi elle serait plus touchée. Aujourd’hui, en revanche, en pleine période de réflexion sur la question du genre et de la sexualité, il semble que « la tendance se stabilise progressivement car les mœurs des hommes et des femmes sont de moins en moins dictées par la distinction des sexes.

 » LIRE AUSSI – Quand la crise d’adolescence cache un risque de psychose : ces 10 signes qui doivent vous alerter

Comment se manifeste ce trouble délirant ?

L’érotomane passe successivement par trois phases. Le premier est celui de «  espoir » : c’est la phase de plénitude où l’érotomane tombe amoureux. Ce dernier manifeste sa présence par l’envoi de courriers, messages, appels téléphoniques qui deviendront de plus en plus fréquents. «  Un de mes patients m’a fait lire une lettre dans laquelle une femme érotomane était persuadée qu’elle lui avait fait l’amour. Elle lui avait écrit un message dans lequel elle décrivait son sexe et la scène qu’elle pensait avoir vécue. Mais rien de tout cela n’était réel « , déclare le professeur Corman.

Vient ensuite la phase de déception. L’érotomane, rejeté par la cible de son amour (absence de réponse, coupé de toute forme de communication, etc.), développe un sentiment d’échec ou de désillusion. Cela conduit à des formes de dépression et éventuellement à des comportements agressifs. Le Dr Anne Marie Lazartigues, sexologue psychiatre et thérapeute de couple, explique que les différentes formes de refus sont parfois interprétées comme « des stratagèmes pour cacher le lien des amants au reste du monde, ou comme des épreuves que la personne désirée lui inflige pour exprimer son amour secret. « . Le psychanalyste français Jacques Lacan parlera d’ailleurs de la dimension héroïque de l’érotomanie ou, devrait-on plutôt dire «  héroïmanie « , car dans l’esprit de l’érotomane, le déni est perçu comme un affront qu’il «  courageux comme un héros « .

Plus rarement, l’érotomane en vient à sombrer dans le ressentiment, la phase la plus sévère de la maladie. A ce moment, il éprouve une profonde haine envers la personne qui l’a rejeté. L’autre devient la cause de son malheur, qui peut entraîner des formes de paranoïa, de harcèlement intensif, des menaces suicidaires et, exceptionnellement, une atteinte à la vie d’autrui.

 » LIRE AUSSI – Pourquoi certaines ruptures sont-elles vraiment douloureuses ?

Pourquoi devient-on érotomane ?

Traditionnellement l’érotomanie vient d’un «  privation amoureuse précoce », explique André Corman : « Le fait de ne pas avoir eu ce sentiment d’être aimé, de sécurité dans l’enfance, peut déclencher des troubles psychiatriques qui se matérialiseront à l’âge adulte. « . Cependant, les causes de la maladie restent largement méconnues : désenchantement, manque de relations, faute narcissique, isolement social…

Une hypothèse est que le leurre amoureux serait la conséquence d’une incapacité à faire face à la réalité. Pour Freud en particulier, les symptômes érotomanes auraient une dimension homosexuelle. Ils seraient un mécanisme de défense contre un désir pour une personne du même sexe. «  Ce désir homosexuel, nié par l’érotomane, serait si insupportable qu’il serait transformé par un double processus psychique », explique Anne Marie Lazartigues. Concrètement, l’homme érotomane ne pouvait envisager la pensée » J’aime cet homme » et le transformerait en « J’aime cette femme par un mécanisme de projection sur une autre cible, souvent une femme liée à l’homme désiré. Ensuite, il redeviendrait une certitude indéniable que c’est bien la femme qu’il désire. Mais cette théorie reste controversée.

A ce jour, très peu d’études se sont penchées sur les causes de la maladie, probablement en raison de sa faible prévalence. Une étude de 1995, publiée dans la revue Médecine psychologiqueaurait permis de montrer que les personnes érotomanes présenteraient des anomalies cérébrales avec asymétrie du lobe temporal et des volumes plus importants de ventricules latéraux.

 » LIRE AUSSI – Supposer que votre homosexualité réduit le stress

Quel rôle jouent les réseaux sociaux ?

«  Ce qui est embêtant aujourd’hui, c’est que les relations se construisent beaucoup dans le domaine du virtuel. Cependant, toute psychose, comme l’érotomanie, implique une difficulté pour la personne qui en souffre à différencier le réel de l’imaginaire. Sur les réseaux, la frontière est floue entre ce qui appartient à la réalité et ce qui ne l’est pas. C’est d’autant plus vrai pour l’érotomane », décrypte André Corman. Une simple réaction à une photo ou à un commentaire, un Comme ou une émoji par exemple, peut être interprété comme un «  pancarte et déclencher une forte conviction amoureuse. Attention toutefois à ne pas confondre simple fantasme amoureux et maladie psychiatrique. En effet, les réseaux et la multiplication des sites de rencontre favorisent l’expression de «  comportements érotomanes sans nécessairement parler d’un trouble mental.

 » LIRE AUSSI – Dépression et anxiété : les réseaux sociaux impactent le moral des jeunes

Que faire avec une personne érotomane ?

Lorsqu’un comportement harcelant apparaît, la solution immédiate est de couper toute communication (e-mail, réseaux sociaux etc.…), puisque quoi qu’en dise la victime, tous ses autres propos seront interprétés comme « message caché « . Lorsque de réelles complications surviennent en phase 2 et surtout en phase 3 de la maladie, l’érotomane peut devenir un danger pour la personne qu’il « désire ». Dans ce cas, « Surtout, n’hésitez pas à en parler à des professionnels de santé ou même à appeler la police.prévient Anne Marie Lazartigues. La victime n’est jamais à l’abri de répercussions judiciaires importantes, par exemple si l’érotomane se retourne contre elle après un rejet. La haine paranoïaque peut amener l’érotomane à porter plainte pour agression, attouchements ou autres, alors qu’il traverse d’immenses souffrances.»

Peut-on guérir de l’érotomanie ?

Paradoxalement, c’est une maladie difficile à guérir, estime André Corman. Lorsque l’érotomane passe dans la phase rancunière, son chagrin est si grand qu’il peut tomber dans des formes de dépression mélancolique ultra-sévère, voire des comportements suicidaires. Dans ce cas, la dépression sera traitée avec des antidépresseurs. mais le délire lui-même, qui est une conséquence de la psychose, ne peut être soulagé qu’avec des neuroleptiques », insiste le professeur Corman. Cependant, avant d’en arriver là, la personne érotomane doit déjà avoir été diagnostiquée. Mais elle n’ira pas consulter spontanément puisqu’elle est persuadée qu’elle l’est en réalité.

lefigaro -helth

Toutes les actualités du site n'expriment pas le point de vue du site, mais nous transmettons cette actualité automatiquement et la traduisons grâce à une technologie programmatique sur le site et non à partir d'un éditeur humain.